Une guerre pour le pétrole irakien?
Il faut apprendre à compter
avant de dire des bêtises!

François-René Rideau

http://fare.tunes.org/

Une version de cet article a été publiée dans le numéro 119 du Québécois Libre (2003-02-15). Pour toute discussion, on pourra utiliser le forum adéquat sur la Page Libérale.

Sur le même sujet, on pourra aussi lire les articles suivants: « Will War Bring Prosperity? », Adam Young, Mises Institute, 9 Octobre 2002, « Costs of War on Iraq », Christopher Westley, Mises Institute, 14 février 2003. Plus généralement, on pourra lire la section sur la guerre et le terrorisme dans les archives du Québécois Libre, le dossier Irak de la Page Libérale, ainsi que divers textes sur les sites répertoriés sur ma page Le Libéralisme, le vrai.

Si vous vous demandez, à la lecture de cet article, si je suis « pour » ou « contre » la guerre en Irak, ou si vous croyez l'un ou l'autre, veuillez lire mon article « Faire la guerre ou ne pas la faire? Telle n'est pas la question. » et sa suite, « Faire la guerre ou ne pas la faire? Faux dilemmes et vraie morale. »


1 Un peu d'arithmétique
2 Le principe guerrier contre le principe marchand
3 Fausses et vraies motivations américaines
4 Réagir contre la bêtise

J'ai entendu dire à moult reprises, et par les personnes les plus diverses, dont certaines se veulent sérieuses, que la guerre serait pour les américains un prétexte pour s'emparer du pétrole irakien. Un raisonnement simple suffit à démontrer l'absurdité de cette affirmation; malheureusement, les personnes en question sont plus promptes à rejeter les principes de la raison que les croyances qu'ils affichent. Aussi, quelques calculs élémentaires permettront tout d'abord d'établir la vérité[1].

1 Un peu d'arithmétique

Pour commencer, acceptons un instant le point de vue macroéconomique des accusateurs collectivistes du gouvernement américain. Faisons donc une analyse coûts/bénéfices de l'opération militaire, en prenant des chiffres trouvés grâce à un usage judicieux de Google:

Même si les américains s'emparent de tous les revenus du pétrole irakien, cela ne paiera donc même pas le prix de l'occupation de l'Irak.

Bien sûr, à cette perte permanente que sera l'occupation de l'Irak, malgré la confiscation des revenus de son pétrole, s'ajouteront les frais fixes:

Ces coûts fixes doivent s'alourdir du coût de la couverture de divers risques indirects:

Bref, du point de vue macroéconomique, la guerre, malgré des éventuelles prises de guerre, est clairement ruineuse pour les États-Unis. L'idée que la guerre puisse être motivée par de tels bénéfices macroéconomiques, par « le pétrole », est parfaitement ridicule. C'est en de telles occasions que se vérifie le slogan de John McCarthy sur sa page sur la soutenabilité du progrès humain: « He who refuses to do arithmetic is doomed to talk nonsense. » — Celui qui refuse de faire des calculs élémentaires est condamné à dire n'importe quoi.

2 Le principe guerrier contre le principe marchand

Il n'y a clairement aucun profit macroéconomique pour l'Amérique à attaquer l'Irak pour son pétrole. Cependant, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas des profiteurs qui s'enrichiront aux dépens des américains autant que des irakiens: entre les marchands d'armes et autres fournisseurs de l'armée, les hauts fonctionnaires qui géreront les prises de guerres, les leaders d'opinion relais du pouvoir, nombreux sont ceux qui s'empareront d'une partie des bénéfices de l'action gouvernementale. Sans parler des hommes politiques qui vivent précisément par goût du pouvoir, et dont le pouvoir n'est jamais si grand qu'en temps de guerre. Bref, si l'Amérique, du point de vue macroéconomique, n'a pas d'autre intérêt à la guerre que celui d'assurer sa sécurité, il existe en Amérique une classe minoritaire mais très puissante de personnes qui elles ont intérêt à la guerre. Toutefois, de telles considérations impliquent que l'on doive cesser d'identifier les États aux nations, que l'on distingue les intérêts des divers individus qui participent chacuns à divers degrés aux décisions politiques. Avant de pouvoir critiquer les motivations derrière l'attitude guerrière du gouvernement américain, il faut abandonner le point de vue collectiviste, et adopter un point de vue individualiste [13]. Alors seulement pourra-t-on voir comme les intérêts des uns peuvent être opposés au bien commun et cependant prévaloir.

Tom Paine déjà en 1790, remarquait que les guerres étaient faites non pas pour le bénéfice des nations, mais pour accroître le pouvoir que les dirigeants politiques avaient sur leurs propres citoyens [14]. Frédéric Bastiat en 1845 [15] a bien décrit et chiffré cette divergence d'intérêt entre une classe dirigeante, vivant par son pouvoir politique, de la guerre et de la spoliation, et le peuple, vivant par son activité économique, du commerce et du bénéfice mutuel. Pour paraphraser Frank Chodorov, il existe deux façons de s'enrichir: La première façon de s'enrichir, c'est la façon économique, celle non seulement des industriels et des marchands, et de tous les individus qui composent le peuple; elle consiste à échanger librement les fruits de son travail, à s'enrichir par la création, et à créer plus et mieux par la division et la spécialisation du travail que permet l'échange commercial, dont le caractère volontaire est garant du bénéfice mutuel de l'opération[16]. La deuxième façon de s'enrichir, c'est la façon politique, celle des gouvernants et des voleurs, des bandits et escrocs légaux ou illégaux qui consiste à s'emparer par ruse et par force des fruits du travail d'autrui; s'enrichir par la spoliation, avec un bilan net de destruction massive, en divisant la société en deux classes, celle des créateurs, spoliés, et celle des parasitent, qui spolient[17]. Entre ces deux principes de création et de destruction, il y a une opposition irrémédiable [18].

Les États-Unis ont beau être un pays parmi les plus libres du monde, où le poids relatif de l'État est parmi les plus faibles, et où cet État est de plus éclaté et soumis morceau par morceau à la sanction des urnes, l'État n'y repose pas moins qu'ailleurs sur le principe de la politique, et ce principe attire tous les aspirants parasites possibles, à la mesure même des sommes que ces aspirants parasites projettent de gagner aux frais du contribuable impuissant. Ainsi, le budget militaire fédéral s'élèvera bientôt à 400 milliards de dollars dont 120 milliards vont déjà aux industries d'armement [19], pour des revenus nets de l'ordre de 12 milliards de dollars, laissant 5 milliards de bénéfices après taxes [20] [21]. S'il fallait la considérer sous le rapport de son efficacité, on verrait que cette spoliation ne rapporte au complexe militaro-industriel guère que de l'ordre de 5% de ce qu'elle a coûté au contribuable [22]. Mais qu'importe aux décisionnaires bénéficiaires [23], puisque justement ceux qui paient et ne décident pas (les contribuables) ne sont pas ceux qui touchent et décident (les dirigeants) [24].

Toutes ces personnes, les politiciens d'abord, puis les militaires, fournisseurs grassement payés de l'État, protectionnistes, syndicalistes, et autres lobbyistes de tout poil qui privatisent sous forme de privilèges légaux les bénéfices du pouvoir politique, eux tous ont intérêt à la croissance du pouvoir politique. Eux tous vivent de la spoliation légale, du principe politique, du principe guerrier [25]. Eux tous ont intérêt à ce que le peuple accepte de s'en remettre toujours davantage à l'État (donc à eux) pour régler toujours davantage de problèmes (qu'ils créeront au besoin). Le peuple lui, qui vit du principe économique, du principe marchand, a intérêt à ce qu'il y ait la paix, à ce qu'il n'y ait pas de guerre, pas de problèmes, pas d'impôts pour régler ces problèmes, et surtout, pas d'impôts pour créer ces problèmes.

3 Fausses et vraies motivations américaines

Nous avons donc vu précédemment que les Américains, en tant que collectivité, n'ont aucun intérêt économique à la guerre, contrairement à la classe politique, qui elle y a tout intérêt. Les slogans simplistes des collectivistes sont incapables de rendre compte de cette réalité; a fortiori, les collectivistes sont incapables de comprendre les diverses motivations des divers américains dans les événements actuels. En fait, les collectivistes ne comprennent rien à l'âme humaine. La majorité des américains sont plutôt favorables à la guerre. Nous avons vu que cela n'était certes pas dû à un calcul pécunier, car de ce point de vue, la guerre leur coûte bien plus qu'elle ne leur rapporte. C'est bien par souci de leur propre sécurité, et par le sentiment du devoir de débarrasser le monde d'un dictateur sanguinaire de plus, que les américains sont motivés [26]. C'est pour cette motivation, qu'ils sont favorables à des actions militaires partout où cela permettra d'éviter que le terrorisme s'abatte à nouveau chez eux, en dehors de tout bénéfice « matériel » direct, comme ce fut le cas en Afghanistan dernièrement [27].

Certes, le gouvernement fédéral et la classe politique américaine, ont eux unanimement intérêt à la guerre; mais contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays, cet intérêt ne peut leur suffire à imposer la guerre. Le régime républicain du pays empêche que la guerre se fasse sans au moins l'approbation passive d'une majorité conséquente des citoyens. Les politiciens, intéressés, peuvent bien sûr tromper le public, et il ne fait pas de doute que dans une certaine mesure tout au moins, ils manipulent l'opinion publique, pour exagérer les avantages d'une guerre du point de vue politique, minimiser ses désavantages du point de vue économique, mais surtout, pour réduire le champ des possibles [28], et faire de la guerre un moindre mal parmi les alternatives restantes. Toutefois, même le gouvernement américain, aussi puissant et organisé soit-il, est loin d'être omnipotent face à la société civile américaine. Bush peut exagérer des éléments existants, il peut beaucoup plus difficilement les créer à partir de rien, et encore moins aller contre l'évidence. Pour ce qui est des avantages politiques de la guerre, il est clair qu'en intervenant en Irak, les États-Unis débarrasseront l'Irak et la terre d'un infâme dictateur de la pire espèce [29]. Que de plus, ledit dictateur ait financé et soit prêt à financer, par vengeance personnelle [30], des actions terroristes contre les américains, cela n'a rien pour choquer l'entendement — et vrai ou faux, il n'y a pas de doute que la plupart des américains croient sincèrement leurs gouvernants élus quand ceux-ci l'affirment [31].

Il est une autre fausse motivation que l'on prête parfois aux américains, et qui n'est qu'une variante plus absurde encore de l'affirmation selon laquelle les américains feraient la guerre pour des raisons économiques. Les mêmes imbéciles qui croient voir un avantage macroéconomique à la guerre, prétendront que cette guerre créera des emplois: « Imaginez tous les ouvriers fabricant des armes! tous les chômeurs transformés en soldats puis en cadavre! diront-ils, la guerre va redonner du travail à l'Amérique! » Quel condensé d'absurdités n'ai-je pas entendu. Et cependant de telles absurdités ne semblent pas choquer les français qui les entendent. Créer des emplois par la destruction? Allons donc! Derrière chaque emploi créé qu'on voit, il y a pour le financer les impôts prélevés par l'État, qui correspondent à autant d'emplois détruits ailleurs qu'on ne voit pas [32]. Quel bêtise singulière que de prendre pour une création ce qui n'est qu'un déplacement — et qui plus est, un déplacement de ce qui est utile vers ce qui est nuisible [33]. Présenter comme création ce qui n'est que déplacement pour le pire, faire passer les moyens (le travail) avant la fin (les satisfactions), prétendre que les lois de l'économie s'inversent à l'échelle des nations — tels sont les sophismes à la base de toutes interventions politiques dans l'économie [34]. Encore une fois, la « macroéconomie » keynésienne se révèle être un leurre, et les politiques basées sur des calculs macroéconomiques keynésiens sont des impostures. Les américains, qui pour la plupart ont le sens des réalités en ce qui concerne les affaires, ne se laissent pas prendre à de telles absurdités aussi facilement que les français.

En fait, pour qui sait faire la différence entre création et déplacement, il est parfaitement clair que d'un déplacement massif de ressources d'activités pacifiques créatrices vers des activités belliqueuses destructrices (destructrices y compris de la mère de toutes les richesses: la vie humaine), ne peut absolument pas résulter un bilan « globalement positif » d'enrichissement. C'est une telle évidence qu'on se demande comment elle peut échapper à quiconque. [35]

4 Réagir contre la bêtise

L'affirmation selon laquelle « la guerre se fait pour le pétrole » démontre de la part de ceux qui la profère: primo, une ignorance complète des principes élémentaires et de l'économie et de la politique; secundo, une propension à accepter et à répandre des imbécillités sur la foi de l'autorité ou sur des critères émotionnels. L'inanité de cette propagande gauchiste et des arguments étatistes en général, se démontre par des calculs simples — et cependant, l'ignorance économique est si répandue dans les nations [36] que ces calculs paraissent extraordinaires, alors qu'ils devraient être des réflexes du bon sens. Le bon sens lui-même est remplacé par les dogmes étatistes officiels martelés par les mass-médias autant que par l'école, alors que même ces calculs élémentaires auraient été superflus pour qui a une compréhension basique des mécanismes élémentaires du comportement humain.

Cet état d'ignorance, et pire, d'abrutissement, me semble bien plus préoccupant, et que la dictature de Saddam Hussein, et que la guerre que projette le gouvernement américain à l'encontre de ce dernier. Car cet abrutissement, bien plus que cette dictature et cette guerre, est porteur de malheurs — de dictatures sans cesse renaissantes, de guerres sans cesse renouvelées. Cet abrutissement est le ferment même de l'oppression politique, c'est lui qui mène à la servitude volontaire, ce consentement apathique aux tyrans. Ceux qui propagent et amplifient cet abrutissement sont les véritables destructeurs de la liberté.


Notes

[1]: Cet article fut écrit peu avant le déclenchement des hostilités. Quelques années après, les chiffres publiés confirment toutes mes prévisions. On voit bien que je n'ai pas sur-estimé le coût de la guerre, qui s'élève bien à des centaines de milliards de dollars; on voit que je n'ai pas sur-estimé le coût de la reconstruction de l'infrastructure pétrolière, qui s'est bien élevé à plusieurs dizaines de milliards de dollars; on voit que je n'ai pas sous-estimé les revenus nets du pétrole irakien, qui après reconstruction sont de quelques dizaines de milliards de dollars par an; enfin on voit que ces revenus sont bien contrôlés par le gouvernement irakien, et non pas accaparés par les américains. Si on gonfle les chiffres que j'avais calculés en rapport avec l'inflation de ces années de guerre, on voit que mes prédictions se sont révélées remarquablement précises. — Note d'août 2006.

[2]: « Facts About Iraqi Oil Production », The Guardian, 5 janvier 2003.

[3]: « Petroleum Quick Stats / Data for 2001 », Energy Information Administration.

[4]: « Performance Profiles of Major Energy Producers », Energy Information Administration.

[5]: Knut Royce: « Plan: Tap Iraq's Oil » Newsday repris par CommonDreams, 10 janvier 2003.

[6]: Fred Horan, « How much did the Gulf War cost the US », Cornell University, 20 may 1997. (Information reprenant « Conduct of the Persian Gulf War, The Final Report to the US Congress by the US Department of Defense, April 1992, Appendix P. »)

[7]: Dana Bash, « What would war with Iraq cost? Bush: Attack by Iraq 'would cripple' economy », CNN, 2 janvier 2003.

[8]: Alain Gresh, « Oil for Food: The True Story », www.globalpolicy.org reprenant Le Monde Diplomatique, Octobre 2002.

[9]: Le coût de la reconstruction de l'Irak s'élèvera entre 25 et 100 milliards de dollars selon cet article, « US experts warn Iraqi oil will not pay for reconstruction », AFP via ClariNet, 18 Décembre 2002.

[10]: « Oil Price History and Analysis », WRTG Economics, et « News of the Day », Oil-Barrel.com.

[11]: Un document qui circulait sur internet, et se prétendant extrait d'un cours à l'Institut Polytechnique de Milan, comptait cette augmentation du prix comme un bénéfice pour les américains. Visiblement, l'auteur du document était trop abruti par des considérations idéologiques pour faire ses comptes correctement: en ne regardant que l'effet partiel qui l'intéressait, il oubliait de faire le bilan de tous les effets de l'augmentation du prix. Un cas typique de Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

De toute façon, si le prix du pétrole était en jeu, il eût été plus efficace de lever l'embargo pour le baisser, et de prolonger et étendre cet embargo à d'autres pays pro-terroristes pour l'augmenter. Dans aucun cas la guerre ne peut se justifier par le pétrole.

[12]: Une autre absurdité souvent propagée dans les mass-médias est que puisque l'Irak posséderait d'importantes réserves de pétrole, capturer l'Irak serait « stratégique ». Voilà encore une inanité qui ne supporte pas la confrontation à la réalité: la rareté du pétrole va peut-être et sans doute faire monter son prix; mais la guerre augmente plus encore le prix du pétrole, sans diminuer la rareté pour autant, car cette rareté ne dépend absolument pas de qui possède le pétrole. Sur le court terme, nous avons aisément montré comme la solution marchande est plus rentable que la solution guerrière. Sur le long terme, il est évident que la solution constructive, qui aboutit à multiplier les richesses, est plus rentable que la solution destructrice, qui n'aboutit qu'à l'appauvrissement systématique. Du reste, si le pétrole se renchérit significativement du fait de sa rareté, alors, de très nombreuses réserves disponibles en Amérique du Nord deviendront rentables, tout autant que l'exploitation d'autres sources d'énergie (carburant agricole, etc.): la facture sera plus élevée pour tous (pas seulement les américains), mais la civilisation n'est pas en danger.

La fixation des ignorants sur le pétrole, comme celle sur l'or aux débuts de l'époque moderne, montre qu'ils n'ont pas compris que la vraie richesse ne se trouve pas dans les matières premières, mais dans la créativité humaine (voir à ce sujet l'œuvre de Julian Simon). Les théories matérialistes de la richesse, y compris toutes les théories socialistes, considèrent les richesses du monde comme un gâteau fixe à partager, et ne peuvent conclure qu'à une théorie du conflit généralisé, la seule façon de s'enrichir étant de voler autrui. Pour eux, tous les intérêts humains sont antagoniques. Il est pourtant évident que hommes sont plus prospères par la coopération que par le conflit. Du reste, le progrès humain depuis la préhistoire jusqu'à nos jours, et le progrès tangible durant notre propre existence, sont les témoins évidents de ce que les richesses ne sont pas fixes, mais qu'elles augmentent — ou du moins peuvent augmenter, par une coopération adéquate. Les intérêts humains sont donc essentiellement harmoniques.

[13]: Les étatistes, nationalistes, racistes et autres collectivistes groupent émotionnellement les personnes sous une étiquette aussi spectaculairement large qu'arbitraire, et attribuent a priori à ces états, races, nations et autres collectifs un « intérêt commun » homogène. Tout au contraire, les collectivités sont des phénomènes émergents, que l'on ne peut déduire qu'a posteriori des comportements individuels. Les raisonnements collectivistes vont donc à l'envers, partent de conclusions qui sont autant de pétitions de principe pour arriver à des hypothèses absurdes.

[14]: « In reviewing the history of the English Government, its wars and its taxes, a bystander, not blinded by prejudice nor warped by interest, would declare that taxes were not raised to carry on wars, but that wars were raised to carry on taxes. » Tom Paine, Rights of Man, I.

[15]: dans son Introduction à « Cobden et la ligue ».

[16]: C'est ainsi que le meilleur moyen pour les américains de « s'assurer » d'avoir le pétrole irakien, est de continuer de faire ce qu'ils savent bien faire d'utile, de constructif, de pacifique: des ordinateurs, des appareils médicaux, des services financiers, etc., et d'en échanger le produit contre ledit pétrole irakien: en étant riches et prospères et capables de payer aussi cher que les autres, les américains s'assureront bien mieux l'accès au pétrole qu'avec des bombes. Du reste, ils le savent très bien, car c'est ainsi qu'ils ont toujours fait, comme c'est ainsi que font, sans avoir le moindre souci d'assèchement, tous les habitants de tous les pays qui n'ont pas les moyens de faire la guerre. En effet, le pétrole ne vaut pour les exportateurs (irakiens ou non) que parce qu'il est acheté, et il n'y a pas à craindre d'eux qu'ils cessent jamais de le vendre.

En fait, des points de vue individuels de quasi tous les habitants de la planète sauf l'infime minorité d'extracteurs de pétrole, c'est de toute façon à un autre que l'on achètera le pétrole (et de même pour le pain, l'eau potable, les chaussures, les ordinateurs, les coupes de cheveux), en échange de la contre-valeur d'autres services que l'on rend, selon la profession de chacun. Cet échange se fait à un prix qui dépend de l'offre et la demande de services de même qualité et de qualités voisines, et absolument pas de ce que le partenaire de l'échange ou son fournisseur soit américain, arabe, russe, vénézuélien, ou martien. Seuls les collectivistes feront une fixation théorique sur la nationalité d'un fournisseur; et dans la pratique, même la plupart d'entre eux regardera au prix et à la qualité plutôt qu'à cette considération aussi raciste que dénuée de pertinence qu'est la couleur du drapeau sur le passeport du fournisseur du fournisseur du fournisseur du détaillant.

[17]: Et c'est ainsi que David Boaz du CATO Institute résume ce principe aussi vieux que la spoliation, et dénoncé par tous les partisans de la liberté depuis des siècles: « The fundamental class division in any society is not between rich and poor, or between farmers and city dwellers, but between tax payers and tax consumers. » Le caractère spoliateur des transferts politiques est admis même dans la compulsion (légale ou illégale) exercée par le puissant pour obtenir satisfaction de sa victime.

[18]: Voir notre article précédent, « Magie blanche contre magie noire ».

[19]: « U.S. Military Spending », Centre for Defense Information.

[20]: Extrapolation à partir des résultats de Raytheon, rapportés par Yahoo! Finance.

[21]: Le fait qu'après impôts, 5 milliards sont empochés par les actionnaires contre 7 milliards par des fonctionnaires, indique bien que du point de vue de l'intérêt final et de la commandite, il s'agit là plus d'entreprises d'État que d'entreprises privées.

[22]: Ces 3% à 5% sont toutefois sans doute plus efficaces que les spoliations similaires opérées par d'autres États. Ainsi, les bénéficiaires des politiques européennes de colonisation devaient toucher bien moins en regard des pertes considérables qu'ils occasionnaient auprès de leurs victimes. C'est que, peu sûrs de leur droit — ou plutôt, sûrs de leur absence totale de droit, — les premiers colonisateurs devaient s'emparer le plus vite possible des richesses des colonisés, en employant une force destructrice considérable, et sans aucun souci pour l'avenir. Toute cette violence ne pouvait pas disparaître d'un coup sans que cette disparition soit une perçue comme une faiblesse fatale, le signe de la révolte — et c'est ainsi que les colonisateurs suivants héritaient d'une situation où leur survie même reposait sur la perpétuation de la violence destructrice.

[23]: Ce qui leur importe est qu'ils sont impliqués dans une industrie qui rapporte. Bien que leur spoliation ne rapporte pas forcément plus voire parfois moins qu'une entreprise honnête, ils ne peuvent pas se reconvertir sans essuyer ipso facto de pertes, à moins de revendre leur activité à un autre spoliateur plus efficace — et dans un tel cas, les victimes perdent au change.

[24]: À la base de toute organisation politique, il y a donc une irresponsabilité fondamentale, par laquelle ceux qui décident ne sont pas ceux qui subissent les éventuelles conséquences négative des décisions. À ce titre, le pouvoir politique est une fantastique externalité négative. Pour une étude systématique du pouvoir politique considéré du point de vue économique, voir la théorie des choix publics, telle que développée par exemple par James Buchanan et Gordon Tullock.

[25]: Et même ainsi, faut-il nous répéter, dans une telle guerre, ce que les spoliateurs politiques américains recherchent, ce ne sont pas les misérables richesses de l'Irak détruite, mais les immenses richesses de l'Amérique soumise. Que sont les revenus du pétrole irakien, face à ceux du fisc américain? Qui va payer les dépenses militaires et la reconstruction, sinon le contribuable américain? Vraiment, les gauchistes, nationalistes et étatistes de tout poil, qui poussent des cris d'orfraie pour quelques malheureux milliards de dollars, sont incapables de voir cette autre spoliation monstrueuse, qui elle se compte en centaines de milliards de dollars, parce qu'elle s'opère par cette entité qu'ils vénèrent et voudraient toute puissante: l'État.

[26]: Ce n'est pas la première fois que l'État américain, avec l'approbation d'une majorité de sa population, se mêle de chasser un dictateur. Il l'a fait en Europe, en Asie, et ailleurs, sans toujours recevoir la reconnaissance de ceux qu'il a sauvé — c'est là le « syndrome de Monsieur Perrichon ».

[27]: Du reste, les États-Unis sont un pays démocratique, et il suffit de lire la presse — largement accessible par Internet — pour connaître les arguments par lesquels le gouvernement convainc les américains de soutenir son action guerrière. Attribuer aux citoyens américains des motivations complètement autres que celles que les médias propagent auprès de la population américaine — alors qu'il est si facile de vérifier à quel point c'est faux — relève du plus grand mépris, et de soi-même, et d'autrui, et de la vérité.

[28]: C'est ainsi que l'État américain, en monopolisant le droit d'user de la force au nom des américains, s'arroge la responsabilité entière de l'usage de cette force, avec toutes les conséquences que cela entraîne.

Dans une société entièrement libre, chaque individu aurait le droit légal autant que le devoir moral de participer, financièrement ou en nature, aux activités de défense et de maintient de l'ordre qu'il juge les plus marginalement utiles. Au lieu de cela, les américains sont condamnés à ne pouvoir agir qu'à travers le colosse bureaucratique qu'est l'État fédéral. Loin de pouvoir se concurrencer dans la meilleure façon de se débarrasser des terroristes et autres dictateurs (les convaincre, les acheter, acheter leurs amis, les traîner en justice, les enlever, les assassiner), tout en devant respecter la contrainte de respecter tous les civils innocents, ils ne peuvent agir qu'à travers des guerres massives, qui font plus de mal aux innocents qu'aux dirigeants incriminés.

Sans monopole étatique de la violence, on ne pourrait pas associer à la nation les actions malheureuses dudit état, et il n'y aurait donc même pas de haine envers la nation à cause des actes de cet état — chaque crime individuel aurait un responsable individuel qui serait poursuivi individuellement, sans que sa faute retombe sur ses concitoyens. Réciproquement, ce sont les bienfaiteurs individuels qui seraient récompensés pour avoir combattu des dictateurs étrangers. En un mot, à chacun son dû.

Au lieu de ça, les américains doivent subir le contrecoup des haines suscitées par les actions de leur État, qui, en tant qu'organisation militaire la plus puissante de la planète, a pris sur lui la responsabilité d'user de sa suprématie pour résoudre divers conflits — contrairement aux principes fondateurs sur lesquels il a été originellement bâti. (Voir par exemple le discours d'adieu de Washington, ce discours de John Quincy Adams, etc.) Le ressentiment envers les erreurs et les crimes que ne manquent pas de commettre les irresponsables hommes d'état américains servent alors d'excuses pour justifier la haine envers l'Amérique tout entière. Autour de ces excuses se focalisent toute la haine, toute la jalousie, toute l'envie, que suscitent la liberté, la réussite, la joie de vivre, qui rayonnent depuis ce qui est encore une terre de liberté, relativement au reste du monde.

[29]: Voir par exemple « Tales of the Tyrant », dossier que Mark Bowden a consacré à Saddam Hussein dans The Atlantic Monthly, Mai 2002. Ce dossier a été traduit en français par Norbert Lipszyc et publié par checkpoint-online.ch (parties 1, 2, 3, 4)

[30]: Et non pas par idéologie, car Saddam a toujours été égocentrique, et n'a jamais été idéologue.

[31]: Du reste, même les plus intéressés parmi les bellicistes n'en sont pas moins sincères en croyant défendre la cause générale. Il n'y a que dans les fantasmes des extrémistes de tout bord qu'il y a des « méchants » qui font le mal pour le mal. Les psychopathes ne courent pas les rues, et même ces rares psychopathes aiment à se regarder positivement dans la glace tous les matins. Saddam Hussein, qui est un grand admirateur de Joseph Staline, croit aussi agir pour le bien de son peuple même quand ses décrets condamnent à mort des dizaines de milliers d'innocents. Non vraiment, ce n'est pas à la pureté des intentions que se jugent le bien et le mal, mais aux effets des actions, ou de façon équivalente, au respect des principes du Droit et de la Morale, qui résument la connaissance commune des relations entre les actions et leurs effets. (Pour les sceptiques sur ces principes, voir notamment, de Henry Hazlitt, « The Foundations of Morality ».)

[32]: Voir ainsi le célèbre pamphlet de Frédéric Bastiat, « Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas ».

[33]: Car la Contrainte étatique, à travers ses lois, ses monopoles et ses décrets, déplace la valeur transférée, depuis les occupations auxquelles les contribuables les auraient affectées pour leur plus grande satisfaction physique et morale, vers des industries de guerre, de destruction, des administrations ayant pour objet l'empêchement des satisfactions, et des fournisseurs de services qui sont tellement inférieurs que seule la coercition peut leur assurer la clientèle du public.

Le caractère nuisible des activités financées par l'État est on ne peut plus évident dans le cas des entreprises guerrières dont il est question: il ne fait nulle doute que fabriquer des bombes pour les faire exploser sur des innocents est plus nuisible que d'employer les mêmes ressources à créer des objets utiles, à financer des écoles, etc.

[34]: De Bastiat aussi, sur le site Bastiat.org, voir aussi son article Abondance, ses Sophismes Économiques, etc.

[35]: Et d'ailleurs, s'il était vrai que de la destruction naissait le travail « et donc la richesse », alors qu'attendons-nous pour déclarer la destruction généralisée? Incendions les maisons, détruisons les machines, vidons les stocks, déversons les récoltes dans les rues! Nul besoin de partager cette inépuisable source de travail « et donc de richesse » avec les Irakiens: entretuons-nous entre français! — N'y a-t-il pas quelque chose de puéril à une telle idée?

[36]: Les diverses éducations nationales ne sont pas pour peu de chose dans cet état d'ignorance, et pire, d'abrutissement économique. En France, où les programmes de sciences sociales, d'économie et de philosophie sont dictés par des communistes, les enseignants, tous fonctionnaires, vont directement des bancs à la chaire sans jamais passer par la case « monde réel ». Ils farcissent les têtes d'élèves enrégimentés jusqu'à 16 ans et au-delà, en ressassant les inanités officielles obligatoires. Et gare à celui qui ne propagerait pas une idéologie conforme aux intérêts de leur classe parasite, telle que sévèrement gardée par la double-structure administrative et syndicale du « centralisme démocratique » soviétique en place.

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