Du droit de porter les armes |
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Une version de cette section a été publiée au Québécois Libre numéro 97 du 2 février 2002 sous le titre Les libéraux doivent défendre le droit de porter des armes.
Nombreux sont ceux, même parmi les libéraux, à rester insensibles à l'argumentation selon laquelle le droit de porter des armes relève de la liberté individuelle1.
Pour les libéraux qui se rapportent aux principes du droit naturel (les « jusnaturalistes »), le droit de porter des armes relève du droit naturel à l'auto-défense. L'auto-défense est selon eux le premier de tous les droits individuels, celui garant de tous les autres — car un droit non défendu ne vaut rien. Nulle autorité ne pouvant revêtir un pouvoir qui ne lui ait pas été délégué, et nul ne pouvant déléguer un pouvoir qu'il n'a pas, il est inconcevable que des agents de l'État (policiers, militaires) aient le droit de porter les armes pour défendre les citoyens, si ce droit n'appartient pas déjà aux citoyens, qui peuvent librement choisir de le déléguer ou d'en faire usage eux-mêmes.
Mais soit qu'ils rejettent cet argument (souvent sans discussion), soit qu'ils le considèrent comme secondaire (aussi sans discussion), les opposants au droit de port d'arme prétendent n'être sensibles qu'à des arguments utilitaristes ou conservateurs. Aussi est-ce de ce point de vue que je vais aborder la question.
Dans leur argumentation utilitariste, les prohibitionnistes, adversaires du droit de porter les armes, pointent constamment vers le danger que représente le fait que des hommes soient armés. Mais la question n'est pas de savoir s'il y a des hommes armés; elle est de savoir si les seuls hommes en armes seront les policiers et les criminels, ou si les citoyens honnêtes aussi seront armés.
Les criminels seront toujours armés, et aucune loi ne les désarmera. La loi peut les forcer à cacher leurs armes, mais ils sauront toujours le moment venu être plus armés que leurs victimes. J'ose croire que les criminels sont détestés de tous les citoyens honnêtes, et que ce n'est pas à leur bénéfice qu'on entend prohiber le port d'arme. Or, au moment de l'agression, seule la victime honnête est désarmée par la loi. Les lois de prohibition du port d'armes ne sont donc pas autre chose que des lois de désarmement des victimes potentielles. Il est donc absurde de prétendre que le port d'arme libre conférerait un avantage aux criminels.
Restent les policiers, militaires et autres agents de l'ordre. Mais quand il s'agit de nous défendre contre les criminels, viendront-ils avec leurs armes au moment de l'agression, ou tels les carabiniers de tristement célèbre réputation, ne viendront-ils pas quand tout sera fini? Les policiers rejettent notoirement toute responsabilité dans la prévention des agressions: hormis la protection rapprochée qu'ils offrent aux puissants, ils ne protègent pas les citoyens honnêtes. Pire encore, ce sont eux qui, en faisant respecter la prohibition des armes, empêchent l'auto-défense des citoyens honnêtes. On peut du reste poser la question des conséquences à long-terme d'un système consistant à donner des pouvoirs de plus en plus étendus aux policiers à mesure que de nouveaux problèmes se font jours — c'est l'objet de la seconde partie de cet essai sur les polices privées.
La question encore une fois n'est donc pas « y a-t-il des hommes armés? » autour de vous, mais « les citoyens honnêtes, vous compris, sont-ils eux-aussi armés? »
Un autre mythe est que le port d'arme conférerait un avantage pratique aux criminels. Nous avons vu l'absurdité évidente d'un tel avantage du point de vue du droit (puisque la prohibition ne s'applique qu'aux honnêtes gens); il est aussi possible de la montrer du point de vue de la pratique.
Les armes sont le plus grand égalisateur entre les hommes. Entre la bande de grosses brutes épaisses habituées aux bagarres de rue, et leur victime potentielle, gringalet tranquille ou faible femme, un pistolet chargé est l'assurance que les relations resteront courtoises; quoique, s'il s'agit d'une bande contre une seule femme, une mitraillette Uzi serait plus adaptée. J'ai déjà été agressé, été témoin d'agressions, de rackets, d'intimidations, etc., et je peux attester que nulle de ces choses n'auraient eu lieu si les victimes et témoins honnêtes avaient été aussi armés que les agresseurs. Il ne faut pas oublier que les agresseurs sont lâches par nature — s'ils étaient courageux, ils travailleraient.
Le maniement des armes requiert une formation, dit-on. Certes, mais celle-ci est minime: bien plus simple qu'un permis de conduire. En quelques heures d'entraînement, la faible femme sera à égalité avec ses agresseurs potentiels quant à sa capacité de tirer à bout portant. Par comparaison, avec la prohibition du port d'arme, même avec quelques milliers d'heures de cours d'arts martiaux, elle ne pourra jamais espérer être à la hauteur pour se défendre contre un voyou musclé, et encore moins contre deux ou toute une bande; qui moins est si ces voyous sont armés d'un cutter ou canif tels qu'impossibles à jamais prohiber, voire d'une vraie arme — puisqu'ils ne respectent pas la loi2.
Encore une fois, les armes sont le plus grand égalisateur entre les baraqués et les gringalets! Le géant de deux mètres spécialiste en arts martiaux n'osera pas s'en prendre à la plus minuscule petite vieille, s'il soupçonne qu'elle ou un témoin puisse être armé (incertitude donc qui autant que l'esthétique suppose aussi le droit de cacher une arme que l'on porte). Ainsi, la familiarité de toute une nation avec les armes assure qu'au sein de cette nation, les relations entre individus même désarmés resteront courtoises.
Il est impossible de demander à des personnes âgées qu'elles apprennent à se défendre elles-mêmes, dit-on. Mais, avec la liberté de porter les armes, ces personnes âgées auraient appris depuis longtemps à se défendre; elles vivraient à côté de voisins armés, et se feraient accompagner de personnes armées pour tout déplacement dangereux en dehors des sentiers battus; à défaut de voisins, amis ou parents, elles loueraient des gardes. Au contraire des prétentions alarmistes des prohibitionnistes, en rendant toute délinquance dangereuse, la liberté de porter les armes aurait des retombées positives pour la sécurité même des personnes incapables de se défendre elles-mêmes. Pensez-vous vraiment que l'interdiction de porter des armes empêche aucunement quiconque d'agresser un petit vieux sans défense? La peur de se faire surprendre par un témoin, un voisin, un parent, ou pire, un garde, armé, voire une victime elle-même récalcitrante et armée, en fera réfléchir plus d'un — ou lui fera s'en mordre les doigts sinon. Le risque d'être pris n'augmentera pas, mais la sanction en cas de surprise, si, et cela a un effet dissuasif certain, autant qu'un effet régulateur quand la dissuasion ne suffit pas.
Les adversaires du droit de porter les armes feront miroiter le spectre de bandes armées dominant le pays. Mais c'est là un argument infondé, car la liberté d'organiser son auto-défense permet de lutter plus efficacement contre le crime organisé.
Tout d'abord la question à poser est celle de savoir d'où surgiraient ces bandes armées, là où elles n'existent pas déjà? Encore une fois, la prohibition ne touche que les honnêtes gens; les bandes criminelles armées ayant vocation à faire leur loi le peuvent déjà, dans tous les endroits abandonnés par la police, et il n'y a aucune raison que de nouvelles bandes apparaissent là où les citoyens honnêtes seraient plus difficiles à agresser. Quant aux voyous qui ne sont actuellement armés que de couteaux, qui leur suffisent à faire la loi, ils pourront bien s'armer de pistolets, mais nous avons vu plus haut que face à des victimes potentielles tout aussi armées, ils y perdent en pouvoir d'intimidation.
L'idée selon laquelle il y aurait une horde de criminels fantômes tapie dans l'ombre et qui n'attendrait que la liberté de port d'arme pour les citoyens honnêtes avant que de se manifester est tout bonnement ridicule. Quand les citoyens honnêtes sont désarmés, les criminels potentiels sont déjà en train de s'exprimer ouvertement. Au contraire, dans les quartiers difficiles où des bandes font actuellement la loi, la majorité silencieuse est composée de citoyens honnêtes. Ces honnêtes gens se terrent pour survivre sans encombre, à défaut de pouvoir se défendre. L'intérêt de tous ces citoyens honnêtes est que l'ordre public soit respecté, et s'ils avaient la liberté d'organiser leur propre défense, en s'armant soi-même, mais aussi en louant les services de polices privées, alors ils ne laisseraient pas les petits malfrats régner en maîtres. Il ne se peut pas d'ailleurs qu'il y ait jamais nulle part une majorité de criminels, car sinon il n'y aurait plus assez de victimes à parasiter pour nourrir tous ces prédateurs3.
Parmi les autres épouvantails agités, d'aucuns prendront comme exemple tel pays arriéré où règnent des bandes armées pour dénoncer la liberté de porter des armes. Mais encore une fois, ces bandes règnent sur des populations désarmées; ces populations qui restent armées sont celles qui restent libres, tandis que celles qui sont désarmées sont sous la botte d'une bande ou d'une autre. Que d'aucuns de ces pays soient arriérés, certes, mais la liberté de porter des armes n'en est pas la cause; supprimez cette liberté, le pays sera toujours aussi pauvre, et aura maintenant une dictature militaire par la faction toujours armée. La violence armée et l'arriération des pays pris en exemples vient d'ailleurs le plus souvent de guerres pour ou contre des dictatures militaires, causées par une volonté d'oppression gouvernementale, et alimentée par des gouvernements étrangers. L'absence d'armes dans la population est alors une des conditions de la domination du régime totalitaire passé ou présent, tandis que l'existence d'armes non-gouvernementales représente le seul espoir de liberté voire de survie pour ceux qui les détiennent.
Pour voir l'effet de la liberté de port d'arme sur un pays, il faut comparer sa situation avec celle de pays de richesse similaire où les populations civiles sont désarmées, et voir dans quels pays la situation s'améliore le plus vite. À ce titre, les États-Unis et la Suisse, où règnent une relative liberté de port d'arme, sont aussi des pays relativement plus avancé que le reste du monde occidental du point de vue du respect des libertés individuelles comme de la richesse. Aussi, il est pour le moins douteux de prétendre que la liberté de port d'armes mène à la domination par des bandes armées.
Historiquement, les États modernes sont nés de la conquête et de la domination, et dans ces États, de l'antiquité au moyen âge et jusqu'à la fin de l'ancien régime, le port d'arme a toujours été la marque distinctive de l'homme libre, par opposition au membre d'une nation dominée, au serf, à l'esclave. La première mesure avant tout massacre ou répression a toujours été d'ordonner le désarmement des futures victimes. La reconquête du port d'arme par les bourgeois des villes franches a été la marque de leur affranchissement vis-à-vis des féodaux. La fin de l'ancien régime a aussi terminé le privilège du port des armes. Mais les classes dirigeantes des États-nations veulent faire croire qu'on est plus libre en n'ayant pas le droit de se défendre soi-même, pour que les citoyens acceptent volontairement leur nouvelle servitude, les classes politiques électives ayant remplacé les classes politiques héréditaires dans une domination plus subtile, mais non moins oppressive, capable un jour d'envoyer des classes d'âges entières se faire trucider au nom de la patrie dans des guerres coloniales et impérialistes, capable un autre jour de dépouiller les classes productives des trois quart de leurs revenus (bien plus que sous l'ancien régime).
Beaucoup d'étatistes timorés vont hurler à l'escalade de l'armement: « la liberté ne mènerait-elle pas à ce que tout le monde s'arme de plus en plus? » s'alarment-ils. D'où ils déduisent que des règles doivent prohiber certains types d'armes (matériel « militaire », armes de destructions massives, etc.), et qu'un état est nécessaire pour faire respecter ces règles. Au contraire.
Il ne fait aucun doute qu'il y aura des armes dans un monde libre, aussi longtemps qu'il y aura des malfaiteurs contre lesquels se défendre. Mais encore une fois, la prohibition ne supprime pas les armes — elle confère leur monopole aux États et aux malfaiteurs (qui ne diffèrent qu'en ce que les uns ont un tampon officiel). Or, ce sont précisément ces États et malfaiteurs qui rivalisent de violence armée, alors que les citoyens honnêtes rivalisent par la productivité pacifique. En laissant donc le champ libre à la violence spoliatrice, le désarmement des honnêtes gens ne mène qu'à l'exacerbation des rivalités entre mafia officielles ou officieuses. Et c'est cette exacerbation qui les incite à s'armer toujours davantage, alors que la délégitimation et la répression des violences spoliatrices par les citoyens honnêtes désinciterait les forces politiques et criminelles non seulement de s'armer, encore et toujours davantage, mais même de se constituer.
Pour preuve, il n'y a qu'à comparer les budgets d'armements des individus honnêtes à celui des États et des malfrats. La recherche en armement, l'escalade de la violence, est quasi entièrement le fait des États. Aucune organisation privée n'a jamais financé sur ses fonds propres le développement d'aucune arme de destruction massive — ce sont les États exclusivement qui ont développé canons, mitrailleuses, gaz et aérosols mortels, bactéries et virus foudrayants, napalm, missiles et autres bombes atomiques. Les plus grandes armées criminelles privées sont nées aussi de la prohibition de substances alcooliques puis narcotiques par les états; cette prohibition, en criminalisant un commerce autrement paisible 4 a engendré une violence inouïe qui n'existe pas ou plus là où la prohibition n'a pas été proclamée ou a été abolie. Et toute cette violence n'a aucunement résolu le soi-disant « problème » de consommation de ces substances.
Bien loin que l'État, par la définition d'armes permises ou illicites5, puisse garantir une limite à la course aux armements, il ne garantit que l'extension indéfinie de cette course, dont il se réserve le monopole officiel. Dans la pratique, les armes que l'état fabrique puis interdit aux citoyens servent à armer aussi bien les hommes de l'état que les criminels, quand les uns et les autres oppriment les citoyens honnêtes.
Les plus timorés des prohibitionnistes n'osent pas débattre sur le fond. Alors, ils utilisent l'argument conservateur: « ça a toujours été comme ça chez nous, alors pas la peine de changer ». La version duale, est bien sûr l'argument progressiste: « c'est la direction du progrès ». Ou, pour mettre d'accord les deux: « ça marche bien comme ça ». Bien sûr, ils n'ont aucun argument ou critère pour affirmer si effectivement ça marche bien comme ça ou pas, ou pour indiquer si c'est le progrès est dans cette direction ou pas, de même qu'ils sont ignorants de depuis combien de temps « c'est comme ça » (pas tant que ça, en fait), comment c'était avant, si il y a eu progrès, etc. En fait, ce sont des non-arguments qui servent à cacher les préjugés, l'acceptation passive des faits, l'obédience idéologique aveugle, ou le parti pris zélé d'un pouvoir politique que vilement on espère conquérir ou auquel bêtement on s'identifie.
De nombreuses autres sortes de non-arguments fleurissent. Selon certains, la liberté de porter les armes serait justifiée dans les grands espaces de l'ouest américain, mais pas dans les zones urbaines peuplées de l'Europe ou même de l'Amérique moderne. C'est oublier un peu vite que le taux de criminalité est et a toujours été plus élevé dans les villes, et que dans celles-là pas plus qu'à la campagne la police ne prétend défendre la victime au moment de son agression — dans les deux cas, la victime sera seule face à son agresseur, et ne pourra appeler la police, si elle a survécu, qu'après coup.
Un autre non-argument de circonstance consiste à dire que le port d'arme convient à la mentalité américaine, mais pas à la mentalité européenne. Outre le fait que le port d'arme était encore libre en Europe jusqu'au milieu du vingtième siècle, il ne semble pourtant pas que les immigrants européens en Amérique aient jamais eu de mal particulier à s'adapter à la chose. Les hommes peuvent parfaitement s'adapter sans que leurs mentalités passées ne posent aucune barrière réelle au retour à la liberté. Ce non-argument relève du renversement causal entre droit et mentalité.
Certains verront aussi dans diverses statistiques une augmentation du nombre de crimes par armes à feu dans les pays où ils circulent librement, sans voir qu'elle est plus que compensée par une diminution des crimes sans armes à feu — l'assassin adapte son arme à la législation, mais sa victime meurt ni plus ni moins à coups de machette ou de couteau — et au final, ce qui compte est que le taux total de crimes est moindre là où règne la liberté. D'autres compteront les accidents dus aux armes à feu, sans les mettre en rapport ni avec les accidents de la route (on n'interdit pas toutes les voitures sous prétexte qu'elles causent des accidents), ni avec les coups de couteaux et autres agressions évitées, etc., ni d'ailleurs avec quoi que se soit d'autre, avant de tirer des conclusions.
Les statistiques sont aussi invoquées avec des arguments pseudo-mathématiques selon lesquels la diminution du nombre d'arme diminuerait ipso facto le nombre d'agressions armées. Un tel raisonnement repose bien sûr sur l'hypothèse que la prohibition fasse disparaître les armes au moins autant chez les agresseurs que chez les citoyens paisibles, alors que c'est précisément le contraire qui se passe: pour les criminels, le désarmement des « caves » est une aubaine, et toutes les statistiques effectivement mesurées avant et après des changements de loi sur la prohibition des armes confirment que la prohibition est un encouragement à l'agression. Ce genre de pseudo-raisonnement relève de la superstition selon laquelle un changement législatif ne modifierait que le paramètre que l'on regarde, et qu'il suffit de ne surtout pas regarder les autres paramètres pour que magiquement ils ne soient pas affectés.
Les statistiques montrent surtout l'effet dissuasif de la liberté de porter des armes en général, et des armes cachées en particulier. Elles montrent que le crime est plus fort là où les citoyens honnêtes sont entravés par une législation prohibitive, et dans les quartiers où les honnêtes gens sont moins armées. Elles montrent enfin que la sévérité de la justice (la « tolérance zéro ») a fait réellement reculer le crime là où la prohibition des armes l'a fait avancer.
Enfin, même sans le moindre argument, les prohibitionnistes diront qu'ils ne sont pas convaincus, et qu'il faut donc prohiber. Mais quelle est ce renversement de la charge de la preuve? C'est bien à la prohibition et non à la liberté, au monopole et non à la concurrence, que doit revenir la charge de la preuve. Ce sont les prohibitionnistes qui réclament des mesures coûteuses pour interdire, qui exigent de chacun le sacrifice d'une liberté qui ne nuit pas a priori à autrui. C'est à eux à tout le moins qu'il revient de justifier leur position. Notons d'ailleurs que si personnellement ils ne désirent pas porter d'arme, et préfèrent déléguer leur droit à une quelconque police (voire ne pas user du tout de leur droit), s'ils veulent refuser l'entrée de leur logis et de leurs propriétés à quiconque porte une arme, nul ne leur conteste ce droit, à eux ni à quiconque partagerait leurs thèses. C'est bien eux qui veulent forcer les autres à vivre selon leurs critères, et non pas le contraire6.
Une version de cette section a été publiée au Québécois Libre numéro 101 du 30 mars 2002 sous le titre Des polices privées.
La sécurité, ou plutôt l'insécurité, est un thème qui revient souvent dans l'actualité, en France, en Grande Bretagne, comme sans doute ailleurs en Europe et dans le monde. En France, en tout cas, le sentiment d'insécurité croissant est si fort dans l'opinion publique que la sécurité est devenue depuis peu le thème universellement repris de tous les candidats aux campagnes électorales, et notamment à l'actuelle campagne présidentielle.
Or, que proposent tout aussi universellement ces candidats? « Davantage de moyens », plus de policiers, plus d'auxiliaires (« policiers municipaux » et militaires), plus de prisons, plus de programmes de réhabilitations, plus de campagnes de préventions. Voilà encore et toujours cette superstition matérialiste que l'argent est la solution magique à tous les problèmes! Voilà ce conte pour enfant attardés, l'État Providence, qui ne considère jamais de cet argent public que les effets visibles qu'il a en tant que dépense « publique » forcée, et refuse de considérer les effets invisibles que le même argent est empêché d'avoir en tant que dépenses privées à la fois diminuées par les recettes publiques et prohibées par les monopoles et réglementations. Voilà ce mythe aveugle du recours au pouvoir politique comme « solution » gratuite et universelle à tous les problèmes, qui néglige les coûts de la compulsion, les coûts du consensus censé guider cette compulsion, les coûts de l'irresponsabilité qu'elle érige en système.
Et si, en matière de sécurité comme ailleurs, les dépenses publiques, la police nationale, faisaient partie du problème, et non pas de la solution? Et si l'augmentation continuelle des fonds consacrés à la répression et à l'oppression ne menait qu'à l'augmentation de la criminalité? Et si les problèmes de la police nationale, son coût, son inefficacité, ses bavures, sa corruption, étaient des problèmes intrinsèques, liés au monopole de la police lui-même? C'est la thèse que nous allons défendre.
Nul ne remet jamais en doute dans les mass-media le caractère sacro-saint du monopole de l'État sur la sécurité des individus. Devant chaque affaire criminelle qui défraie la chronique, c'est l'extension de la police nationale, sa taille, ses pouvoirs, que réclament les publicistes, qu'envisagent les politiciens. Chaque candidat en campagne se plaît à dire comment il va étendre tel service, en créer un nouveau, en redéployer un autre, faire patrouiller des auxiliaires accompagnés d'officiers tamponnés, etc.
Or, pour un authentique libéral, la recherche pour tout problème nouveau d'une solution dans l'élargissement continuel des pouvoirs d'un État auquel on voue une confiance aveugle, ces pouvoirs spéciaux conférés à un monopole de la police et le déni croissant du droit à l'auto-défense des citoyens, tout cela constitue la cause même du problème. Et c'est bien l'accroissement de cette cause que tous les hommes politiques proposent comme solution — phénomène remarquablement décrit dès 1806 par Benjamin Constant dans ses Principes de Politique.
Si on recoupe les faits d'actualité, plutôt que de lire les discours de propagande des publicistes, on voit que le constat est accablant à l'encontre de la police nationale: ses bavures, ses violences, son racisme, sa partialité, ses détentions abusives et abusivement prolongées en garde-à-vue, les mauvais traitements qu'elle fait subir aux innocents présumés; le manque de moyens des policiers, leur démoralisation, voire leur corruption quand ils sont dégoûtés du système, leur absence là où le besoin se fait sentir, leur présence massive pour protéger certains intérêts privilégiés, les lois qui entravent le fonctionnement de l'administration policière quand il s'agit de s'attaquer au banditisme politique ou mafieux, le laxisme judiciaire qui rend inutiles tous les travaux policiers en relâchant dans la nature des coupables identifiés mais impunis, etc.
La conclusion s'impose en effet: le problème n'est pas un manque de moyen — c'est le système lui-même qui est pourri7. Injecter plus de moyens dans un système qui mène à tous ces échecs, ne fera qu'amplifier le désastre. À tout le moins, il faut reconsidérer ce système, et comparer ce que donnerait l'abolition du monopole de la police.
Il est de bon ton de justifier l'intervention de l'État ici et là par une prétendue « faillite du marché »: le marché (c'est à dire les individus libres d'agir selon leurs buts) serait dans l'incapacité de fournir des services voulus par les individus, et l'État (c'est à dire les individus forcés d'agir selon les buts des hommes politiques) devrait pallier ce manque cruel universellement ressenti.8
Dans le cas de la police, cela se traduit par ce spectre que font planer les politiciens de l'« anarchie » 9 qui régnerait si on supprimait la police nationale — alors qu'il s'agit de ne supprimer que le caractère « national » de la police, et non pas la police elle-même, qui serait privatisée, ou plutôt, libéralisée. Or, dans le cas de la police plus que dans nul autre, il est patent que s'il n'y a aucune offre sur le marché libre, c'est au contraire parce que l'État empêche de toutes ses forces l'émergence d'un tel marché.
Toutes les tentatives privées pour suppléer aux manquements de la police sont sévèrement réprimées: les citoyens honnêtes qui défendent eux-mêmes et par les armes leur fond de commerce sont systématiquement condamnés à de lourdes peines de prison (En France, les cas d'un agriculteur et d'un commerçant ont été largement médiatisés, pour bien faire comprendre la chose aux candidats à l'auto-défense). Les milices sont interdites, et les candidats à leur organisation risquent plus sûrement d'aller en prison et pour longtemps que les malfrats contre lesquels ils voudraient se défendre. C'est à peine si on tolère que des entreprises de sécurité louent des gardes privés, à condition que ceux-ci soient encadrés de près par la police gouvernementale.
Ainsi l'État fait tout pour préserver son monopole, quitte à combattre bien plus férocement les citoyens honnêtes qui voudraient lui faire concurrence que les criminels qu'il est censé écarter. C'est pourquoi il est impossible de voir dans l'absence de polices privées une « faillite du marché ». Au contraire, le fait que des citoyens votent en faveur de polices municipales dans des élections locales prouve que les mêmes citoyens seraient prêt à mettre l'argent équivalent au supplément d'impôt local correspondant dans une police privée qui patrouillerait en bas de chez eux.
Il est de bon ton, chez certains « intellectuels », de dire du mal des vigiles et autres gardes privés, comme d'ailleurs de tout ce qui est « commercial », ou « marchand » — en fait, de tout ce qui le résultat du libre arrangement des individus. Mais quelle différence y a-t-il entre un vigile privé et un policier? Certainement pas la transaction monétaire: les policiers étatiques ne travaillent pas pour du vent, mais bien pour de l'argent et des avantages divers (impunité, retraite), avec des ressources qui sont fournies par les citoyens, via les impôts. La différence entre un policier privé et une policier public, c'est que le premier défend vos intérêts, qu'il est présent à l'endroit et au moment où vous en avez besoin, et se recrute aux conditions que vous négociez; alors que le second défend l'intérêt des politiquement puissants, est présent là où les puissants le veulent pour faire ce qu'ils veulent, aux conditions qu'ils veulent, sans que vous ayiez rien à dire.
Il n'est donc pas surprenant que ceux qui peuvent se permettre de payer à la fois (par voie d'impôt, forcée) la police publique et (par voie directe, volontaire) une police privée fasse davantage confiance à la seconde pour assurer directement la sécurité de leurs biens et personnes. Les policiers publics ne sont pas tenus d'être là où on a besoin d'eux, quand on a besoin d'eux. Les policiers privés, si.
En matière de police comme ailleurs, le service privé est le meilleur service public. Car sur un marché de services privé soumis à la libre concurrence, le client est roi. Chacun achète exactement ce qu'il veut, et en a pour son argent, ou va chercher un autre fournisseur. Les individus, responsables de leur propre sécurité, et libres de s'adresser au fournisseur de leur choix, pourront dépenser exactement les sommes qu'ils sont prêts à dépenser pour avoir exactement la protection qu'ils désirent.
Pour les opérations de police comme pour tout autre service, le public est mieux servi par un marché privé soumis à la libre concurrence, c'est à dire à la liberté de choix des consommateurs, que par un monopole public soumis à une administration technocratique dirigée par des politiciens démagogiques. Or, la condition sine qua non pour qu'un tel libre marché existe est que l'on reconnaisse le droit individuel à choisir ses moyens d'auto-défense, et donc le droit de porter les armes soi-même et d'en déléguer l'usage aux personnes de son choix.
D'ailleurs, cette responsabilisation des consommateurs permet non seulement d'apporter leur satisfaction, mais aussi d'en finir avec les gaspillages quand on dépensait trop ou mal, d'en finir avec les agressions quand on dépensait trop peu, d'en finir avec les zones de non-droit désertées par la police nationale, d'en finir avec la protection des privilégiés sur le dos des opprimés, d'en finir avec les vaines querelles politiques et autres lobbies qui dissipaient l'argent et l'énergie de tous au profit de politiques douteuses, de politiciens corrompus, et de leurs courtisans corrupteurs ou parasites.
Un autre atout incomparable du marché libre sur le monopole public est que le fournisseur privé est responsable de ses actes: toute violation des droits par les policiers sera passible de réparations judiciaires. Ces réparations n'empêcheront pas le fonctionnement de polices privées justes et efficaces, augmentant seulement leurs frais d'assurance; mais elles permettront de mettre un terme rapide à toutes compagnies privées utilisant trop souvent des méthodes attentatoires aux libertés, tout en dédommageant leurs victimes.
Avec le monopole public, les policiers sont des fonctionnaires irresponsables vis-à-vis des victimes de leurs actes; qu'ils tabassent un prévenu, qu'ils tuent un innocent par « bavure », qu'ils se livrent à diverses malversations, ou qu'ils négligent leurs devoirs envers ceux qu'ils sont censés protéger, au pire, ils risquent une sanction administrative: quand il s'agit de juger ses propres manquements, l'administration est juge et partie, et préfère « laver son linge sale en famille ». Quant aux victimes, elles n'ont pas leur mot à dire. Avec une police privée, au contraire, chaque policier étant responsable, il n'y aura pas de bavure impunie, pas de malversations couvertes par une administration opaque, pas de violation des droits d'autrui, pas plus que de rupture unilatérale de contrat avec les employeurs.
Cette responsabilité, qui peut paraître un frein au travail des policiers, n'est un frein qu'à l'arbitraire, à l'injustice, à tout ce qui est mauvais et dangereux dans l'existence d'une police — à tout ce qui fait le danger d'un État Policier. Elle est aussi un encouragement à l'émergence de polices intégrées à la population, de polices d'appoint, de milices responsables, et de forces de l'ordre dans tous les endroits délaissés et les interstices qu'une administration irresponsable ne pourra jamais combler. Quel meilleur garant de l'ordre public que l'égalité de tous devant le droit d'user de façon responsable de la force à fin de police?
Il est bien connu que la police nationale abandonne de nombreux quartiers, où elle est tellement impopulaire qu'elle ne peut pas mettre les pieds. Ce qui ne l'empêche pas d'arrêter manu militari toute personne qui voudrait la remplacer dans lesdits quartiers — assurant ainsi la domination des criminels sur des citoyens désarmés.
Une police privée elle, ne peut pas se livrer à la moindre injustice; elle ne saurait par de telles injustices systématiques soulever le ressentiment d'une quelconque minorité contre l'ordre public en général. Avec la liberté d'établir des polices privées, les quartiers actuellement difficiles ne seront plus en situation de dépendance vis-à-vis d'une police absente et étrangère à leurs intérêts, mais pourront autogérer leur propre sécurité. Bien loin qu'il y ait des zones de non-droit où une jeunesse « exclue » affronterait un ordre établi exogène, il n'y aurait partout que des zones de droit, droit basé sur l'engagement direct, libre et responsable des propriétaires, des habitants, et de leurs assureurs. Ce seraient leurs propres parents, par police privée interposée ou pas, que les jeunes affronteraient, s'ils voulaient affronter l'ordre. Il n'y aurait plus de jeunes unis dans un « nous contre le système » — il n'y aurait que le calme, et une éventuelle poignée de voyous bien définis s'en prenant à des victimes bien définies, dont les cas seraient facilement réglés par la police locale.
La juridiction d'une police privée, c'est le respect des droits de propriété de ses clients — ni plus, ni moins. Peu importe que les agresseurs viennent de l'appartement du dessus, de l'immeuble d'en face, du quartier d'à côté, d'une ville proche, ou d'un pays lointain. Chacun peut se défendre, par soi-même ou par police interposée, contre tout agresseur, et aller lui demander des comptes où qu'il se cache. Et ce faisant, chacun est responsable de réparer tout tort causé à des tiers innocents ou des accusés n'étant pas reconnus coupables par une cour de justice indépendante.
Ceci implique qu'il n'y aura plus les problèmes de défaut de juridiction auquel fait fasse la police de monopole territorial. Si un agresseur sort de la ville de ses victimes, si des groupes d'agresseurs de villes différentes s'organisent pour se renseigner l'un l'autre sur les victimes potentielles de leurs villes respectives, si un notable contrôle la police locale, si un gang se regroupe au sein d'une ville dont il serait la police, cela n'empêchera pas une police privée de faire régner l'ordre et la justice. Ainsi, toutes ces situations de violation patente du Droit que sanctionne le monopole de la police disparaîtraient si le marché de la police était libre.
La majorité, constituée de citoyens honnêtes10, aura toujours intérêt à soutenir l'ordre contre les potentats locaux. Les polices privées et compagnies d'assurances, attachées non pas à un territoire, mais à la satisfaction de leurs clients, ont un intérêt direct dans l'éradication des activités de banditisme, et sont tout à fait adaptées à lutter contre cette forme de banditisme organisé. Un potentat coupable, une cité de malfrats, aurait beau mettre une police locale au service de criminels, il tomberait vite sous les coups de l'armée privée réunie de leurs victimes et des citoyens concernés des communes voisines et de leurs compagnies d'assurances, pouvant concentrer momentanément leurs moyens à l'échelle nationale ou internationale. Il est d'ailleurs plus facile de donner un assaut coordonné contre un ennemi localisé que contre des réseaux éclatés, et de telles opérations de police reviendraient moins cher que l'éradication malfrat par malfrat d'une activité criminelle équivalente, tout en conférant aux polices privées qui les mèneraient un bénéfice considérable d'image de marque. Les polices privées rivaliseront donc pour remporter le très rentable marché d'une telle éradication.
Ainsi, l'idée d'une enclave territoriale criminelle échappant au droit et opprimant la population locale ou nourrissant le crime dans les communes voisines est une chimère dans un monde où la police est privée11. Les polices privées sont capables de réduire toute forme de crime organisé, dès lors que les victimes et les coupables sont identifiés, combien puissants ces coupables pourraient-ils paraître. Plus généralement, pour la réduction de leurs coûts autant que pour leur image de marque, les polices privées auront toujours intérêt à coopérer sur toute affaire où les crimes sont démontrés, et à s'empêcher mutuellement de nuire sur toute affaire où ils ne le seraient pas. La liberté d'organiser sa propre auto-défense est donc la garantie de polices efficaces, collaborant dans l'intérêt des citoyens, et se tenant mutuellement en respect quand cet intérêt est menacé.
La police monopolistique n'a pas pour critère de survie la satisfaction de la population. Ses fonctionnaires sont inamovibles; un service existant survivra indéfiniment même s'il n'arrête aucun criminel, même s'il ne contribue aucunement à la sécurité des citoyens, voire ne participe qu'à leur oppression, même si ses actions sont systématiquement des échecs, même si son budget dépasse largement les bénéfices réels de son action, etc.
La police privée dans un marché libre, au contraire, voit son existence directement liée à la qualité de son travail, de par le jeu même de la concurrence (c'est à dire de la liberté des consommateurs). La qualité du travail des polices privées contre le crime organisé est directement liée au fait qu'il y ait libre concurrence entre des polices dépendantes de la clientèle volontaire des citoyens honnêtes et de leurs regroupements en communes, mutuelles, assurances, associations régionales ou nationales, réassurances, etc. Si une police privée n'est pas assez efficace, elle perd ses clients. Si elle abuse de ses clients ou de tierces personnes, elle se fait elle-même attaquer en justice, perd de l'argent, devient plus chère, perd le soutient de ses clients, etc., et disparaît dans la banqueroute à moins de se ressaisir promptement. Si elle devient elle-même criminelle, elle se fait poursuivre par ses victimes et détruire par ses concurrentes. Avec la liberté, le gagnant est le citoyen honnête, consommateur de sécurité à prix compétitifs.
Les polices privées ont donc une forte incitation à la fois à coopérer ensemble, dans le cadre d'accords de mutualité, et à rivaliser d'efficacité contre le crime. Dans cette émulation, les policiers eux-mêmes sont gagnants, car la concurrence vaut aussi pour les polices en tant qu'employeurs! Les policiers consciencieux et efficaces pourront toujours trouver un cadre de travail agréable, professionnel, correctement payé, où ils pourront épanouir leurs talents, leur passion. Ils ne seront plus jamais enfermés dans une routine abrutissante, dans un univers kafkaïen qui les opprime, dans un système inefficace qui les décourage, dans des compromissions qui leur font perdre le sens du bien et du mal, dans un cadre de lois iniques qui les mettent parfois au service du Mal lui-même.
Les partisans du monopole font valoir la police nationale comme l'ultime recours pour les déshérités qui seraient sinon sans défense. Les simples faits d'actualité leur donnent constamment tort. Quand les pauvres sont victimes d'agressions, quand se développe la criminalité dans les quartiers défavorisés, la police nationale est absente; au contraire, elle vient épauler les amis du pouvoir à grands renforts de CRS. Or, les pauvres ne paient en proportion pas moins d'impôt que les autres. S'ils étaient libres de choisir leur police, ils ne choisiraient pas cette police nationale qui ne les défend pas. Ou, quitte à ne pas être défendus, ils économiseraient ce qu'ils paient d'impôts, et seraient moins pauvres.
On peut aller plus loin: un pauvre armé est une victime difficile et peu rentable; un pauvre désarmé est une victime facile et rentable. En prohibant l'autodéfense, en poursuivant systématiquement ceux qui se dressent contre l'agression, en instaurant et préservant son monopole, c'est avant tout aux plus démunis que nuit la police nationale. L'État désarme le pauvre de la main gauche, et se présente comme son sauveur de la main droite; mais si on compare ce que prend la main gauche à ce que donne la main droite, on s'aperçoit bien vite que l'État n'est pas l'ami des pauvres.
Avec une police nationale, la protection est un bien privé et un coût public — il n'est pas étonnant qu'elle sera la convoitise de divers lobbies, qui obtiendront d'être protégés aux frais des autres. Avec une police privée, la protection est un bien public et un coût privé: chacun sera responsable de sa propre défense, qui sera donc plus efficace; et cette efficacité conjuguée partout et par tous, en décourageant les criminels, a des retombées positives même sur ceux qui sont trop démunis pour se protéger. Ainsi, les plus riches ont le plus à perdre dans un meurtre, un viol, une agression physique — ils paieront donc davantage pour éliminer le fléau contagieux de la violence criminelle, partout où elle se trouve.
Enfin, une justice rétributive où les agresseurs seraient condamnés non seulement à dédommager les victimes mais aussi à payer les frais de justice et de police, rendrait tout à fait rentable la défense de ceux-là même qui ne seraient pas capables d'avancer a priori les frais de leur propre défense.
La police privée, et dans son cas particulier le plus simple, l'autodéfense, sont donc encore une fois les meilleurs garants de la sécurité de tous, y compris les plus démunis. Et si une majorité de français était prête à consentir un effort financier en faveur de ces plus démunis, ce n'est pas la liberté de s'associer qui les empêcherait. Le monopole ne peut que les forcer à payer tantôt trop, tantôt trop peu, toujours mal.
Le dernier argument fallacieux de l'argumentation étatiste est qu'un État serait nécessaire pour protéger les individus contre une police privée qui pourrait obtenir un monopole mafieux. Bizarre paradoxe, qu'on justifie un monopole sûr et certain, dans l'espoir d'éviter un monopole hypothétique qui dans le pire des cas ne donnerait rien d'autre que la « solution » proposée. C'est là la théorie dite du « monopole naturel »: prévenir l'incertitude du mal par la certitude du pire!
L'histoire autant que la théorie confirme que la libre concurrence de droit mène toujours à la disparition des monopoles de fait. Les seuls monopoles qui ont jamais duré, ce sont ceux qui ont fait appel à l'État, sous forme de chartes, licences, patentes, brevets, copyrights, privilèges, subventions, contrôles administratifs, habilitations, règlements et autres barrières à l'entrée des concurrents: des monopoles de droit. Ainsi, l'État est la source même des monopoles auxquels il prétend remédier. On agite l'épouvantail de l'hypothétique renard-criminel gardant les poules-citoyens, et pour remédier à cette menace, on instaure un bien certain le fermier-État qui exploitera les poules-citoyens, les enfermes dans un poulailler-prison faite de grillages-« lois », et les dépouille de leurs œufs-revenus, jusqu'à l'heure où il les égorgera pour en faire une dîner bien propret-captation d'héritage plutôt qu'un carnage sanglant-cambriolage.
Le monopole de la police est le protecteur d'un racket organisé à l'échelle nationale: le pouvoir politique. Le pouvoir politique consiste à obliger les individus à payer de force à prix décrétés des services dont ils veulent pas aux conditions imposées (sans quoi la force étatique serait superflue), plutôt que de les laisser choisir les services auxquels ils tiennent assez pour les payer à prix et conditions négociés. C'est effectivement la définition même du racket. Des polices privées, n'ayant aucun droit spécial pour violer le domicile d'autrui ni saisir leur bien et leur personne, ne pourraient aucunement faire respecter des fausses lois; elles ne pourraient pas punir quiconque pour des faux crimes sans victimes, car elles n'auraient la juridiction d'aucune victime à défendre; elles ne pourraient pas imposer des privilèges, monopoles ou rentes qui n'auraient pas été volontairement accordés à titre individuel à leur client par ceux qu'elles voudraient poursuivre, sous peine d'avoir à faire à la défense organisée par leurs concurrentes de ceux qu'elles voudraient dépouiller; elles ne pourraient pas intervenir auprès de tiers pour prohiber des relations volontaires entre adultes consentants; elles ne trouveraient aucun financement en faveur de lois injustes ou improductives dont les coûts dépassent les avantages. L'État, privé de son bras séculier, perdrait son pouvoir de nuisance; il deviendrait incapable de créer des faux droits, d'opprimer à coups de spoliation légale, ni de faire taire la dissidence par le contrôle subtil des media.
La police privée, comme le port d'arme, qui en est un cas particulier, relève de l'expression du droit naturel d'organiser sa propre défense. De même que le droit de se défendre est le garant de tous les autres droits, son contraire, le monopole de la défense, est la source de tous les monopoles, de toutes les oppressions12.
Ce qui suit est en cours de rédaction, et ne constitue pas un article publiable, mais un brouillon public. Si les remarques qui suivent vous paraissent peu claires, c'est que je suis la seule personne à laquelle elles ont été destinées. Mais si certaines vous intriguent, n'hésitez-pas à m'inviter à les clarifier.
Récemment (2000), les politiciens français, « de gauche » et « de droite », se sont déchirés autour d'une loi « sur la présomption d'innocence ». En fait de débat d'idée, il n'y a eu qu'insultes, invectives et appels corporatistes, et les français ignorent toujours tout du contenu de cette loi.
Ils sont complètement dépossédés de la gestion de leur propre sécurité, en leur propre nom. Leurs droits élémentaires peuvent être discutés, jetés aux orties, sans qu'ils n'en sachent rien.
Pierre Lemieux dans Why Should We Follow Rules? From shaving in the morning to restraining Leviathan.
Christian Michel dans Faut-il obéir aux lois de son pays?
Bruno Leoni Droit et Liberté
Réglementation vs Pacification
But de la justice?
Réglementation = imposer ses préférences aux autres. La réglementation est une agression.
Pacification = résoudre les conflits. Rechercher et permettre la coopération volontaire entre toutes les parties. Les parties chercheront naturellement un arbitrage, pour régler leurs différends au moindre coût. Les forcenés, ceux qui n'écoutent pas leur intérêt, ne seront pas plus arrêtés par la justice publique que par la justice privée; seule la police les arrêtera, et la police privée serait plus efficace.
L'arbitrage par des tribunaux privés librement consentis est une pratique commerciale courante dans les pays libres (où le monopole et autres privilèges n'empêchent pas leur émergence) et dans le commerce international (où il n'y a pas encore d'état mondial pour imposer un monopole). Voir par exemple des entreprises et associations comme l'AAA, le BCICAC, ou le BBB.
Je vous invite à méditer la loi d'escalade éristique...
Il n'existe pas de crime sans victime « contre la société ». S'il n'y a pas de victime, alors il n'y a pas de crime; s'il y a des victimes, alors c'est à elles, et non à « la société » qu'il faut apporter réparation, faire amende honorable, etc., et c'est aux causeurs de tort, et non pas à des tiers innocents, d'apporter ces réparations.
Bien sûr, dans les cas où le causeur de tort n'est pas attrappé, ou ne peut pas réparer, les victimes potentielles ont intérêt à s'assurer. Mais l'assurance est là encore une affaire privée entre les assurés qui se prémunissent des risques et les éventuels assureurs qui les couvrent, — rôles confondus dans les mêmes personnes dans le cas de mutuelles, ou séparés dans le cas de compagnies d'assurances. Au sujet de la mutualisation des risques, et de ce progrès qu'est la spécialisation des tâches dans la couverture des risques, voir des salaires de Bastiat.
Quant à prévenir des crimes qui n'ont pas été commis, cela n'est pas du ressort de la justice, mais de la police et de l'assurance: c'est une affaire de police que d'arrêter les forcenés qui mettent la vie d'autrui en danger; c'est une affaire d'assurance que certaines personnes apportent des garanties de non-nuisance, ou de solvabilité en cas de nuisance, à d'autres personnes qui exigent une telle assurance comme préalable pour traiter avec ces premières en confiance.
Ainsi, si des criminels préparent un mauvais coup, il n'y a rien là du ressort de la justice, puisqu'aucun crime n'a été commis; mais il y a tout du ressort de la police, pour éviter qu'un crime ne le soit. Bien sûr, l'action de la police pourra elle-même faire l'objet d'un règlement en justice, si elle fait objet d'une objection valable de la part des personnes improprement arrêtées par la police, ou dans le cas contraire de la part des citoyens que la police a omis de protéger comme elle s'y engageait — mais il s'agit alors d'une affaire différente, d'une éventuelle contestation sur le déroulement de ce qui est reconnu comme étant du domaine de la police.
A posteriori, il est évident que tout ceci n'a aucun rapport avec la justice. Mais justement, il s'agit de désamorcer les sophismes fallacieux par lesquels les étatistes veulent faire croire que le réglement et la couverture des torts causés par des individus à d'autres individus soit une affaire nécessairement collective, « sociale », qui doive être prise en charge par la puissance politique.
Les hommes de l'État s'assurent le monopole de la justice, en absorbant ce qui était autrefois des systèmes de justice privés, et en réprimant violemment toute concurrence émergente.
Ainsi, les cadi et autres juges traditionnels sont réprimés. Même les prud'hommes et autres tribunaux d'arbitrage civils, autrefois institutions privées librement choisies par les parties, sont maintenant des monopoles territoriaux d'État, jouets dans les mains des syndicats et autres groupes de pression politiques.
Monopole: non pas au service des citoyens, mais au service du Pouvoir. Dossiers ouverts ou clos par l'administration = Déni de justice. Ceux mêmes auxquels ont dénie la justice paient grassement pour la protection des privilégiés du Pouvoir politique.
Si on entend beaucoup de critiques vagues du système judiciaire, on entend rarement parler de cas concrets: c'est parce que la « justice » censure systématiquement toute contestation d'une décision, toute mise en cause de ses membres, toute remise en question du système, avec des pseudo « délits » tels que diffamation envers un fonctionnaire, un dépositaire de l'autorité publique ou un citoyen chargé d'un service public par parole, image, écrit ou moyen de communication audiovisuelle, atteinte à l'autorite judiciaire par discrédit jeté sur une décision de justice. Les maîtres du système sont juges et partie, toute dissidence est impossible.
Les juges sont choisis par l'État, irresponsables, inamovibles. Ils ne sont pas impartiaux; ils ne sont pas indépendants; ils ne sont pas compétents (au sens commun, non pas juridique, du terme); ils ne sont pas librement consentis. Les lois qu'ils font respecter sont des fausses lois. La soi-disant "indépendance" des juges n'est que leur irresponsabilité, leur impunité. En fait d'indépendance, les juges sont nommés par le pouvoir politique. Grimpent ceux qui plaisent, ou du moins, qui ne déplaisent pas. Ceux qui déplaisent sont poussés plus ou moins fermement vers la sortie, ou sinon rangés dans un placard. De toute façon, ne sont admis que ceux qui acceptent le système, ne restent que ceux qui s'en accomodent. Claude Reichman: Il faut en finir avec l'impunité des magistrats.
Un jury populaire? Il est plus impartial que juge d'État, n'étant manipulé qu'indirectement par l'État via l'Éducation Nationale et les mass-media. Mais il est plus ignorant, plus incompétent, et tout aussi irresponsable.
Choisir ses propres juges garantit des juges compétents, responsables, et surtout, respectés par les deux parties. C'est une condition nécessaire de toute pacification.
Dans un système de justice libre, où les parties se mettent d'accord sur un juge, quid si une partie refuse de se soumettre à l'arbitrage? Alors, elle doit alors faire face à la rétaliation. Ceux qui refuseraient les procédures admises pour régler pacifiquement les conflits, perdraient le concours de leur police privée, qui ne voudront pas couvrir des forcenés: les contrats de défense par des polices privées contiendront des clauses spécifiant les juges dont la police s'engage à respecter et faire respecter les jugements. Dans le cas où une partie joue le jeu et l'autre ne le joue pas, les rapports de force donneront immédiatement raison à celle qui se montre honnête, via les forces de polices. Dans le cas plus épineux où les deux parties chacune pensent honnêtement jouer le jeu, mais rejettent le principe de jeu de l'autre partie, alors, il y aura guerre, froide ou chaude (voir ci-bas la section 4.4).
La soi-disant justice pénale n'est qu'une collectivisation de la justice (voir ci-haut section 3.2). Les victimes sont dépossédées de leur droit de réparation. Les tiers innocents doivent payer pour ce qui ne les concerne pas. Les coupables sont dégradés et humiliés plutôt que traités en humains.
La fausse notion de crime « contre la société » fait que l'on condamne des gens pour des faux crimes dont ils sont innocents, tout en les laissant impunis de crimes qu'ils commettent effectivement — contre d'autres individus. Ceux qui acceptent cette déclaration de guerre au nom de la société entière n'hésiteront pas à faire payer à des innocents les torts qu'ils estimeront à tort ou à travers avoir subi de leur part « collective ». Avec la justice civile, l'objet d'une condamnation est la pacification des relations entre les parties engagées, aussi bien les éventuelles victimes et que les coupables. Avec la justice pénale, l'objet d'une condamnation est une déclaration de guerre de « la société » contre le coupable désigné.
Sur les media français, les avocats parlent du tribunal comme un lieu non pas pour faire régner la justice, mais pour « faire éclater la vérité » et permettre aux familles des victimes de faire leur deuil. Bref, dépenser les millions des contribuables en frais de justice, à nourrir des parasites d'avocats, juges, greffiers, pour faire le travail de l'église et de la religion, plutôt que celui de la justice, dont on admet que les institutions ne la recherchent pas. L'État a créé sa nouvelle religion officielle, son opium du peuple athée: la recherche d'une « vérité » officielle.
Il y a une prescription naturelle, qui n'est pas autre chose que la présomption d'innocence: quand, les témoignages ayant disparus, il devient impossible d'établir avec certitude un crime13, alors il devient ipso facto impossible qu'aucune poursuite aboutisse. Les coupables n'en sont pas moins coupables, mais il est devenu impossible de les identifier à coup sûr pour les faire payer14.
La prescription artificielle, celle décrétée législativement, qui amnistie certains crimes, n'est pas autre chose qu'un déni de justice envers ceux qui sont privés d'une juste réparation. À moins que, quand les « crimes » amnistiés sont de faux crimes créés de toute pièce par l'appareil étatique, il ne s'agisse de l'affranchissement de victimes promises du système judiciaire. Dans les deux cas, c'est le signe d'un grave dysfonctionnement du monopole du système judiciaire vis-à-vis de son objectif avoué de faire régner la justice. Mais en fait, ce dysfonctionnement apparent n'est que le fonctionnement normal de cet appareil judiciaire, dont la réalité effective est d'opprimer les individus au bénéfice de la classe des privilégiés de l'État15.
La seule conception de la justice compatible avec le Droit libéral, c'est la justice rétributive: ceux qui ont causé du tort sont tenus de le réparer, dans la mesure de leurs moyens, quitte à s'endetter, à vie s'il le faut. Il s'agit d'une relation interpersonnelle privée entre des causeurs de tort et leurs victimes.
Voir, de Christian Michel, « Faut-il punir les criminels? » et autres articles sur liberalia.com.
La prévention ne relève pas de la Justice, mais de la police, de l'assurance, etc. Voir plus haut section 3.2 sur la collectivisation de la justice.
Les criminels notoires, peu fiables, etc., verront leur police d'assurance augmenter. Ils devront, pour pouvoir commercer avec autrui, donner des garanties. Se soumettre volontairement à la prison, à la surveillance, etc. C'est eux-mêmes qui paieront ce service, et non pas les contribuables!
Dans son monopole, l'état confond des services différents et parfois contradictoires. En étant simultanément plusieurs parties de l'affaire, il introduit des conflits d'intérêts qui empêchent la prise de décisions saines. Il ne permet pas d'établir un juste équilibre entre ces services.
Refuser de se plier aux sanctions, agresser des innocents pour obtenir leur soumission par la force, etc., c'est déclarer la guerre à la société.
Mais déclarer la guerre à une société d'hommes libres et armés, c'est la perdre. Car ces hommes s'organiseront librement en de nombreuses associations qui rivaliseront d'efficacité jusqu'à mettre l'ennemi public hors d'état de nuire.
Par contre, une fois les hommes soumis et désarmés par l'état, il devient possible à des criminels de prospérer, dans les zones de "non-droit" délaissées par la justice et la police. L'état est donc un facteur majeur de criminalité, par la dés-organisation qu'il induit chez les citoyens.
En l'absence de justice pénale, il n'y aurait pas de peine capitale, pas plus qu'aucune autre peine. La mort, la peine, n'a jamais rien réparé. Tuer ne peux donc jamais être un acte de justice. Dans un système de justice libre, une peine de mort ne peut pas être prononcée.
Par contre, tuer peux être un acte de police, ou peut être un acte de guerre (les deux activités ne se distinguant que par le consensus censé entourer la première, tel que l'implique sa dénomination). Face à un hors-la-loi forcené qui refuse de se soumettre à la justice, face à un agresseur et autre ennemi qui refuse de faire la paix, il n'y a parfois pas d'autre moyen que d'user de violence; et face à la résistance de l'ennemi, tuer est parfois nécessaire. Ainsi, il n'est pas forcément choquant qu'un assassin soit exécuté, si rien d'autre ne l'empêche immédiatement et durablement à la fois de commettre ses forfaits. Plus tôt un assassin récidiviste forcené comme Marc Dutroux ou Saddam Hussein est mis hors d'état de nuire, plus de vies innocentes sont sauvées. Plus longtemps on le laisse agir sans résister, plus de vies innocentes sont perdues.
Mais quand apparaît la triste nécessité de tuer un ennemi autrement irréductible, la justice est orpheline. Il n'y a aucune justice à supprimer un être humain; les victimes n'ont été en aucune mesure compensées par le coupable. Cette mesure de police pourra éviter bien des désagréments, et bien des crimes futurs envers des victimes potentielles; mais la justice ne peut sanctionner que des faits avérés, et présume un homme comme innocent jusqu'à preuve du contraire — preuve qui ne peut pas exister pour un crime futur qui est forcément virtuel.
Sur la justice libre, voir par exemple l'œuvre de Roy Halliday.
En prison, les criminels en herbe deviennent des criminels patentés. Entre les prisonniers, c'est la loi du crime qui règne. C'est la loi du crime qu'apprennent les incarcérés. Les faibles et les « caves » sont victimes des sévices des criminels.
Empêcher les prisonniers de travailler, c'est les priver des moyens de préserver leur dignité. Le principe du système carcéral est l'humiliation des coupables: les maintenir moins qu'humains. Ce principe est en contradiction totale avec leur réhabilitation, qui consiste à les rendre humains à nouveau. La prison et les autres peines du système de « justice pénale » répondent à la violence illégale par la violence institutionnelle.
Avec la justice rétributive, les coupables ne seraient pas sortis de la société pour devoir y rentrer de nouveau. Ils seraient plus complètement intégrés qu'ils ne l'étaient auparavant (à moins d'être des Hors-la-loi forcenés, qui seront mis hors d'état de nuire). Ils ne seraient pas ennemis de la société entière, mais des causeurs de torts devenus débiteurs de leurs victimes. Ils seraient confrontés au mal qu'ils auront fait, et n'auront pas de prétexte pour se retourner contre des tiers innocents. Leur condamnation aura eu pour but et pour effet de faire retrouver la paix aux parties engagées, et de diminuer la violence de la société.
Les procédures sont un outil par lequel est censément garanti le respect des droits des individus confrontés à l'appareil policier et judiciaire. Le problème est qu'il y a actuellement un monopole; ce qui implique qu'il n'y a pas d'ajustement dynamique des procédures et de leur application aux besoins du public, mais un contrôle de ces procédures au bénéfice des puissants.
Ainsi, lors d'une poursuite judiciciaire, les procédures alourdissent toute une résolution qui pourrait sinon être simple, et rendent la justice peu rentable. C'est un déni de justice envers victimes et agresseurs qui auraient pu chercher une solution si elle avait été moins chère. Pire encore, un vice de forme annule actuellement toute la procédure, unique du fait du monopole, et constitue alors un déni de justice envers les victimes qui ne sont pas responsables des fautes des agents de l'« ordre » qui ont commis le vice de forme.
Dans une justice libre, il n'y a pas de monopole de la justice, ni de monopole pour définir les procédures et les imposer à des parties non consentantes. Par contre, il y a un marché libre de la justice, qui punira ceux qui useront de moyens universellement réprouvés, et refusera toute validité aux actions faites dans le mépris des formes reconnues comme nécessaires.
Ainsi, un policier brutal, un avocat malhonnête, sera poursuivi en justice et devra réparer les conséquences de ses abus ou délits. D'ailleurs, les désagréments imposés sans brutalité excessive et de bonne foi à des personnes avérées innocentes seront aussi l'objet de réparations. Un innocent pourra réclamer compensation pour le temps perdu; un coupable même pourra réclamer compensation pour toutes mesures excessives et inutiles prises à son encontre. Ainsi, un agent de l'ordre verra sa police d'assurance augmenter au point que s'il est trop brutal ou malhonnête, ou simplement peu perspicace dans le choix des personnes qu'il importune, il sera inemployable comme agent de l'ordre. Chaque entreprise de police, chaque assurance spécialisée pour policiers, pourra définir des règles de procédure dans le sein desquelles elle s'engage à défendre et couvrir ses employés ou souscripteurs, même s'ils sont reconnus « coupables » au cours d'opérations respectant ces règles. Le coût de cette couverture retombera bien sûr sur les souscripteurs du service de police, et ne sera donc pas externalisée sur les victimes de bavures, comme c'est le cas actuellement. Enfin, chaque propriétaire pourra aussi définir des règles de police auxquelles se soumettre pour la traverser de son domaine, pour éviter de rendre des coûts de police trop élevés.
Les droits des individus faisant face aux forces de l'ordre seront donc préservés de façon efficace. Et en même temps, cela n'aboutira pas à relâcher le moindre criminel pour vice de forme. Car si un abus policier, un vice de forme judiciaire, etc., peut mener à des réparations envers un prévenu (coupable ou innocent) ou à l'annulation d'une procédure à son encontre, cela ne mènera pas forcément à l'annulation de toute procédure à son encontre. Comme il n'y a pas monopole de la procédure, une autre procédure peut concurremment être lancée, contenant toutes les pièces sauf celles invalidées. L'agent de l'ordre incriminé devra répondre de ses actes, mais le criminel n'échappera pas à sa responsabilité parce qu'un agent de l'ordre aura mal fait son travail.
Ainsi, dans un système de justice libre, chacun peut financer les actions qu'il juge utile, en en assumant les conséquences; alors que dans un monopole de la justice, il y a nécessairement abus policiers impunis et criminels notoires relâchés.
Le monopole de la justice donne l'occasion à toute une clique de parasites de s'installer dans les coulisses du pouvoir, et de vendre leur influence à ceux qui ont les moyens et l'absence de scrupule nécessaires pour les acheter. Ce sont des notables (non, pas les notables) qui fréquentent les mêmes écoles et les mêmes cercles sociaux que les avocats, les juges, les législateurs, et leurs syndicats et bénéficieront d'un traitement de faveur, ne fût-ce que par la familiarité que les uns auront pour la cause des autres, leur façon de penser, leur intérêt.
« Indépendants », c'est-à-dire Irresponsables. Les hommes de loi sont payés non plus pour réconcilier les intérêts des parties, mais pour les opposer. Ils ne servent aucun autre intérêt que le leur propre, celui de l'idéologie qu'ils font leur, et par laquelle ils sont sélectionnés.
Lobbying législatif. Dans la création de nouvelles lois, ces prédateurs sont juges et partie pour créer toujours davantage de lois, de réglementations, de conflits artificiels, qu'ils seront payés à la fois à créer et à réparer, dans un immense racket légal (exemple « patent »: les brevets).
Ce qui suit est en cours de rédaction, et ne constitue pas un article publiable, mais un brouillon public. Si les remarques qui suivent vous paraissent peu claires, c'est que je suis la seule personne à laquelle elles ont été destinées. Mais si certaines vous intriguent, n'hésitez-pas à m'inviter à les clarifier.
Cf. aussi Bertrand Lemennicier: Droits individuels et Défense Nationale
La seule défense légitime est celle de droits individuels.
L'état-nation est une collectivisation de la défense, et une négation des droits individuels.
Crimes commis au nom de la nation. Indivisibilité de la république? Répression des particularismes locaux.
Nationalisme social, et socialisme national.
Le monopole de la défense mène à forcer les contribuables à financer bon gré mal gré des armes inutiles. Qui veut d'un porte-avion à 5 milliards d'euro? Gâchis incroyable de richesses détournées vers le complexe militaro-industriel.
En particulier, richesses détournées vers la construction d'armes de destruction massive — phénomène tout à fait propre à l'état. Un homme d'affaire n'a rien gagner d'un récalcitrant qu'il tuerait, et tout d'un homme libre qui travaille honnêtement. Le meurtre gratuit ne profite à aucun individu responsable — il ne profite qu'à des êtres irresponsables, qui vivent du pouvoir qu'ils exercent sur les uns grâce à la complicité volontaire des autres. Seuls les hommes de l'état peuvent vivre de la terreur — forts de la légitimité usurpée qu'ils ont fait accepter à leurs citoyens.
Armes illicites, permises aux seuls états. Or, seuls les états font des armes de destruction massive. Nul individu responsable n'a intérêt à utiliser des armes qui ne peuvent pas tuer les coupables sans tuer des innocents. Ce sont les états qui financent massivement le développement d'armes hyperdestructrices.
Il n'y a pas à définir la notion d'arme permise, de même qu'il n'y a pas à définir la notion d'impôt juste, de drogue licite, de jours d'ouverture légaux, de programme scolaire officiel, ou de moeurs tolérables. Toutes ces notions présupposent que des êtres supérieurs doivent intervenir et se substituer à la liberté et à la responsabilité de chacun pour imposer leur sagesse supérieure. Or il n'y a pas d'être supérieur; il n'y a qu'un choix entre la liberté-responsabilité (aussi appelée droit de propriété) et la coercition-irresponsabilité (aussi appelée pouvoir politique). Dans une société de liberté, c'est l'intérêt, guidé par la responsabilité, qui pousse les individus à bien user de leur liberté — et le Droit consiste précisément à rétablir la responsabilité des malfaiteurs vis-à-vis de leurs actes.
Si certaines armes seraient mortelles dans les mains de simples citoyens — combien plus mortelles ne sont-elles pas dans les mains de politiciens!
L'un des reproches que l'on fait au systèmes de justice privée, c'est qu'ils encourageraient les vendettas, qui sont le recours de tous ceux qui pensent que les cours leur dénient la justice.
Mais bien loin que l'État supprime la vengeance, il l'amplifie, par la collectivisation des griefs. [...] le terrorisme, la guerre en Afghanistan, les conflits israëlo-arabes [...]
Vous séparez les grandes guerres des autres événements causés par l'état, alors que celles-ci sont irrémédiablement liées à la nature même de l'état (par delà les gesticulations guerrières de l'état américain, il suffit de regarder le budget militaire de tous les états). De même que l'Euro ne supprime pas l'instabilité monétaire, mais l'amplifie, l'uniformise et la concentre dans le temps, les états ne suppriment pas les guéguerres, mais les amplifient, les uniformisent, et les concentrent dans le temps. Si vous voulez comparer sans les guerres, ne faites pas deux poids, deux mesures — comparez l'état sans ses guerres au libéralisme sans ses guerres. Et comparez aussi les petites atrocités des guerres privées aux génocides à grande échelle perpétrés par les états. Vous verrez que même en séparant ainsi les choses, l'état est partout négatif.
La liberté d'organiser sa propre défense, et en particulier de porter des armes, est nécessaire pour éviter prévenir les génocides, et rien que cela suffit à la justifier. Porter des armes: le prochain droit de l'homme reconnu sur le plan international de Glenn Harlan Reynolds.
Le premier crime de guerre d'une armée de monopole est le crime commis contre les contribuables qui doivent payer cette armée, et éventuellement contre ceux qui sont enrôlés de force dans l'armée (s'il y a conscription).
Du fait du monopole de faire la guerre ou de ne pas la faire, Il y a aussi crime contre tous ceux qui sont forcés de participer à une guerre qui leur semble injuste et/ou néfaste; et il y a encore crime contre tous ceux qui voudraient participer à une guerre qui leur semble juste et bonne, mais en sont empêchés, ou forcés de la faire d'une façon qui leur semble criminelle, absurde, mauvaise.
Dans une société libre, de nombreux individus prêts à se battre existeraient, volontairement organisés en milices (fût-ce d'une ou deux personnes). Ces milices s'allieraient naturellement et volontairement quand elles y trouvent leur intérêt, et se désallieraient quand la situation ne l'exige pas ou que l'une sent ses intérêts sacrifiés dans l'alliance.
L'alliance volontaire, par opposition à l'alliance forcée ou à la conscription, ou à toute méthode coercitive, garantit non seulement les droits des combattants, mais aussi ceux des non-combattants.
« Envoyer mes hommes au casse-pipe pour que les vôtres se dorent la pilule en arrière-garde? Cautionner le meurtre d'innocents dans vos bombardements de civils? Et puis quoi encore? »
En matière militaire comme ailleurs, pas la peine d'imposer. Au contraire, la coercition est ce qui permet les crimes de guerre: « je suis pas responsable, on m'a obligé à le faire » est l'excuse du trouffion recevant l'ordre d'accomplir une sâle besogne. L'allié libre de refuser les ordres et responsable des actes qu'il commet n'a pas cette excuse, et évite donc toute exaction à l'encontre de civils.
Quant à sacrifier la vie de certains hommes soi-disant pour en sauver d'autres, comme disait le général romain à son fils qui en faisait la proposition: « mon fils, vas-tu prendre la tête de cet escadron suicide? » — tant que c'est volontaire, oui. Sinon, non. Là encore la hiérarchie imposée ouvre la porte au crime de guerre, là où l'alliance volontaire ne laisse place qu'à l'honneur.
Pour la stratégie, des militaires disciplinés savent faire confiance à leur hiérarchie librement choisie à l'avance. Et ce n'est pas à la dernière minute que l'on crée la confiance, mais par une préparation minutieuse, en temps de paix. Imposer une autorité qui n'a pas été méritée et volontairement acceptée est en soi un crime. C'est aussi une méthode inefficace de gérer les troupes.
Cf. ci-haut (section 2.9) le cas de la police privée.
La distinction entre nationaux et étrangers est une création arbitraire des monopoles de l'État.
Tous les individus sont également des êtres humains, qui ont les mêmes droits, les mêmes devoirs, etc. Ils ne sont ni plus ni moins étrangers, les uns aux autres selon les distinctions administratives que veulent imposer les hommes de l'État. Si un individu préfère avoir affaire avec les uns plutôt que les autres, il est libre d'employer pour cela tous les critères qu'il désire, y compris les liens familiaux, la religion, le sexe, la couleur de la peau, l'ethnie, la langue, l'âge, la santé, la richesse, l'éducation, les goûts musicaux, la confiance de tiers, ou une passion commune pour la culture des framboises.
Subventions: Spoliation.
Prime d'assurance, organisation des voyages, contrats de pairie, etc.
Mythe de la « réciprocité » du protectionnisme. Le commerce c'est la paix. Le protectionnisme, c'est la guerre.
« Libérer les autres peuples ». France, pays des droits de l'homme?
Enfin, pour les agents secrets, il existe déjà des réseaux de renseignements privés, qui sont plus efficaces et moins criminels que les réseaux gouvernementaux. Des anti-James Bond, qui travaillent dans la discrète non-violence et dans la durée.
Une diplomatie privée avec des parties réputées neutres plutôt que politiquement engagées, est plus efficace. La vraie neutralité est gage de bonne foi. Un arbitrage par des juges librement choisis, payés selon leur réputation à résoudre efficacement et durablement les conflits, vaut mieux que toutes les organisations internationales « multilatérales » réunissant les dictateurs et bureaucrates corrompus de la terre.
Bref, pas la peine d'État pour ça. L'État ne fait comme d'habitude qu'introduire oppression et irresponsabilité.
Le terrorisme est une réponse naturelle à cette logique. En fait, le terrorisme n'est qu'un miroir tendu à l'État, imité par des groupuscules politiques n'ayant pas assez d'envergure pour se faire appeler « État », mais fonctionnant exactement sur les mêmes principes, et ayant vocation à devenir des noyaux d'État totalitaire, si on leur cède le pouvoir. Cf. les nationaux-socialistes, nationaux-communistes, et autres terroristes ayant pris le pouvoir en Russie, en Allemagne, au Vietnam, à Cuba, etc.
Entre un militaire et un terroriste, la différence se résume à ce que l'un est un fonctionnaire titulaire, et l'autre un fonctionnaire aspirant. Tous deux ont vocation à vivre en parasites, par le racket de protection.
On a vu où le pacifisme a mené les tolstoyens (à l'éradication dans le goulag). Nous les libéraux sommes pacifiques mais pas pacifistes — cf. notre drapeau, le DON'T TREAD ON ME, et son histoire.
Il suffit d'un seul pour faire la guerre, il faut être deux pour faire la paix. Le désarmement unilatéral n'a jamais empêché la guerre.
Et d'ailleurs pourquoi les soi-disant « pacifistes » font-ils toujours pression pour que les pays libres se désarment, et ne se défendent pas contre les tyrans, ni n'aident les victimes de ces tyrans à se défendre? Pourquoi ces mêmes « pacifistes » n'exigent-ils pas que lesdits tyrans se rendent, abdiquent, et cessent de faire la guerre et à leur peuple, et aux pays libres? Pourquoi leur « pacifisme » est-il toujours unilatéral? La réponse est qu'ils ne sont pas vraiment des pacifistes — ce sont des amis des tyrans et des ennemis de la liberté.
Ce qui suit est en cours de rédaction, et ne constitue pas un article publiable, mais un brouillon public. Si les remarques qui suivent vous paraissent peu claires, c'est que je suis la seule personne à laquelle elles ont été destinées. Mais si certaines vous intriguent, n'hésitez-pas à m'inviter à les clarifier.
Pour conclure de cet essai, il ne nous reste plus qu'à voir qu'il ne reste rien qui vaille des soi-disant fonctions régaliennes de l'État.
Les « politiciens libéraux » eux-mêmes (bel oxymore!) défendent dans la police nationale, la justice nationale, l'armée nationale, comme autant de « fonctions régaliennes » qu'ils revendiquent pour un État « minimum ». Cette position leur vaut d'être moqués non sans justesse par leurs adversaires politiques, qui les dénoncent comme étant très autoritaristes pour des soi-disant libéraux16.
Certains libéraux (et leurs détracteurs) vont donc chercher à la rescousse Benjamin Constant, ou tel autre grand auteur libéral « minarchiste ». Mais Benjamin Constant ne revendiquait pas tant pour l'État les fonctions régaliennes, qu'il ne les lui concédait. Constant ne manquait pas de critiquer l'usage que l'État faisait de ces fonctions et qu'il ne pouvait pas ne pas en faire. Ce qu'il concédait, par souci de modération dans ses propos (mais la modération est elle un bien dans la poursuite de la vertu, ou dans le combat contre le vice?), et surtout par ignorance d'alternatives qui n'avaient pas encore été étudiées de manière approfondie (voir les travaux postérieurs de Molinari ou Rothbard), ne saurait être avancé comme la position libérale par excellence. Ce n'est que la corruption du libéralisme, son atténuation, l'acceptation par défaut d'une position conservatrice. D'ailleurs, comme le montre Émile Faguet dans son portrait intellectuel de Constant, celui-ci était en fait nettement anarchiste dans sa façon de penser, et préfigurait Rothbard dans les thèses qu'il envisageait en privé.
Il faut distinguer d'une part l'usage de la force, et d'autre part le monopole de la force. La force est utile et nécessaire. Elle est l'ultime rempart contre les criminels et autres agresseurs. Au contraire, Le monopole de la force est inutile et nuisible. Il conduit à tous les autres monopoles. Et celui qui monopolise la force est lui-même un criminel et un agresseur.
On peut pardonner cette confusion, lors qu'elle apparaît jusque dans « l'État », de Frédéric Bastiat. L'auteur y dénonce bien l'État, Pouvoir Politique, qui ne peut, en intervenant dans la vie des citoyens, que bafouer le Droit et opprimer les individus; mais en cherchant ce qui peut abstraitement justifier un État, Bastiat trouve bien la légitimité de la « force commune », qui peut et doit servir la Justice et ne servir qu'elle. Mais il échappe à Bastiat que ces deux concepts, radicalement différents, méritent d'être distingués jusque dans leur appellation plutôt que confondus dans le mot « État ». Albert Jay Nock, 80 ans plus tard, distinguera « State » et « Government », pour désigner d'une part l'État comme Pouvoir Politique, et d'autre part l'État comme Force Commune. Mais lui aussi oubliera de voir comme le critère permettant de distinguer les deux est le Monopole de la Force, et que seule la liberté d'organiser sa propre défense permet d'avoir une Force Commune organisée sans que celle-ci donne lieu ipso facto, à un Pouvoir Politique oppressif.
Toute cette histoire de « fonction régalienne » repose donc sur cette confusion entre Organisation de la Force d'une part, et Monopole de la Force d'autre part. Du reste, l'étymologie même du terme « régalien » montre bien comme les pouvoirs afférents aux dites fonctions naissent de l'oppression, de l'usurpation, du crime de masse17.
Efficacité et surtout Justice du libre marché, c'est à dire de la liberté de chaque individu de rechercher les satisfactions de ses désirs par la coopération volontaire d'autres individus non moins libres. Gustave de Molinari dans la onzième des « Soirées de la rue St Lazare ».
Mythe des droits positifs, « droit à » (entitlement to). Légitimité des seuls « droit de » (right to) — pour chacun dans les limites de sa propriété. Les « droits à » ne sont que l'esclavage de ceux qui doivent fournir le service, au bénéfice de ceux qui le reçoivent de l'État.
Les étatistes reprennent souvent l'argument fallacieux de confondre liberté individuelle et action individuelle isolé. Or, c'est précisément le contraire qui est vrai — la liberté est ce qui permet aux individus de s'organiser, de mettre en commun leurs ressources dans des projets aux buts partagés, de se répartir les tâches chacun étant compétent dans sa spécialité, etc. Les hommes sont libres de faire du pain, de fabriquer du papier; donc, ils confient cette tâche à des spécialistes — boulanger ou papetier — qui leur offrira ce service avantageusement (ou sinon se fera détrôner par ses concurrents) en échange cependant qu'eux-mêmes se spécialiseront dans une autre tâche (cultiver son champ, enseigner les maths, etc.). C'est l'intérêt personnel qui pousse chacun à se différencier et à être créatif. C'est ainsi que les services de sécurité, comme tous les services, seront très largement fournis par des entreprises spécialisées, dont la taille sera adaptée à la tâche, sans que cela empêche les individus qui y trouvent intérêt d'assurer parfois soi-même sa propre sécurité sur une affaire ponctuelle, de même que de nombreux amateurs font des pains et des gâteaux à la maison, voire fabriquent leur propre papier.
Coûts de transaction liés au consensus nécessaire à changer les choses vers autre chose que l'intérêt des seuls hommes de l'État. Loin de résoudre les externalités lié à la défense ou à tout autre service, l'État les concentre en une externalité gigantesque.
Certification obligatoire: Dans un cas, le critère est trop avancé, et implique des coûts élevés, au détriment du public, qui devra du coup se priver d'autres satisfactions vers lesquelles il aurait tourné les ressources qu'il doit maintenant consacrer à tenter de satisfaire aux exigences bureaucratiques. Dans l'autre cas, le critère est trop bas, et implique une charge administrative sans améliorer en quoi que ce soit la qualité des services échangés, mais au contraire, en donnant une aura positive à des services inférieurs mais également certifiés par l'administration. Dans les deux cas — et dans la pratique, les deux cas se présentent simultanément pour une même réglementation, car les besoins des individus sont variés et ces différences ne sont pas prises en compte par les réglements — le résultat est une dissipation des efforts dans des tâches inutiles voire nuisibles, et des moindres satisfaction pour le public — donc, davantage de travail résultant en davantage de pauvreté.
Toutes les pires injustices: la guerre de conquête, l'esclavage, le colonialisme, le vol systématique, les discriminations légales, etc. Toutes sont l'œuvre de l'État. Aucune de ces injustices ne s'est jamais vue ni même n'est imaginable sans l'appui d'une force écrasante violatrice des droits individuels.
L'état se prétend le garant du Droit, le garant des Libertés, le garant de la Justice, le garant de la Sécurité, etc. Mais aussi bien historiquement que selon toute logique, l'état a toujours été l'ennemi public numéro 1, le criminel impuni, le premier offenseur du Droit, le premier agresseur des Libertés, le premier créateur d'Injustice, le premier causeur de troubles et de guerres, etc. Bien loin que l'état ait jamais sauvé quiconque, il a toujours été et reste encore le plus grand criminel de l'histoire.
Le monopole de la force est le tremplin pour tous les autres monopoles. De même que le droit de se défendre est fondateur de tous les autres droits, l'abandon du droit d'organiser sa propre défense signe le début de toutes les invasions du Droit.
Il n'y a pas de mythe du « bon sauvage » chez les libéraux18; quant à ce qui les définit, les libéraux rejettent la pertinence et de la notion de « bon » et de la notion de « sauvage ». Les libéraux séparent le Droit, qui est public, de la Morale, qui est individuelle. Le discours des libéraux en tant que tels est confiné à la notion de Juste; cela n'empêche pas que chaque libéral a ses opinions quant à ce qui est bon, — mais il sait qu'il est injuste d'essayer de imposer de telles opinions par la force. D'autre part, ce n'est pas l'homme qui est sauvage ou pas sauvage — ce sont les règles d'interaction sociale qui peuvent l'être. Et justement, les règles légitimant l'agression par le pouvoir politique sont nuisibles et « sauvages », tandis que celles prônant le respect des droits individuels sont bénéfiques et civilisées.
Tout au contraire, il y a bel et bien un mythe du « bon homme de l'état » chez les étatistes: un homme supérieur capable de faire toujours le bien, jamais le mal (ou alors, ce mal est comptabilisé par eux comme étant la faute aux « méchants pas beaux du camp d'en face », sans jamais qu'ils remettent en cause le principe de l'état lui-même).
Sur les pseudo-justifications du rôle « nécessaire » de l'état, et les explications psychologiques sous-jacentes, voir mon essai L'État, règne de la magie noire.
Le dernier retranchement des prohibitionnistes est de prétexter que même si la liberté était désirable, les coûts de transition pour passer de l'actuel monopole à un système de liberté seraient trop élevés, ou demanderaient un consensus impossible à obtenir, etc.
D'abord s'il y a des coûts de transition, pourquoi les attribuer à la liberté plutôt qu'à la prohibition? Après tout, si coûts il y a, ils sont dûs au monopole étatique sur les services de sécurité. Ensuite, ces éventuels coûts sont par définition un transfert de richesse, et non pas une destruction: si on s'aperçoit que pour un service équivalent, l'un doit payer plus, c'est que l'autre recevra plus (que l'un ou l'autre soient selon les cas le consommateur ou le fournisseur de services de sécurité). Dès lors, il est envisageable de « racheter » le privilège que possédaient les uns au détriment des autres, si cela peut régler les problèmes de transition. Mais pourquoi ne pas envisager au contraire que les anciens privilégiés dussent dédommager les anciens opprimés des droits trop perçus dans le passé? Bref, la question de ces coûts de transition est oiseuse au mieux.
Enfin, il n'y a pas besoin de consensus, précisément parce que le but de la liberté est que chacun puisse choisir son propre fournisseur de services, plutôt que de requérir qu'ils se satisfassent tous du même fournisseur imposé par le pouvoir politique.
On peut d'ores et déjà rendre le système plus efficace en le libéralisant: reconnaître immédiatement la liberté de porter des armes, et autoriser d'ores et déjà la concurrence (c'est-à-dire la liberté) sur les services marginaux non fournis par le système actuel. Puis, commencer par établir les coûts réels, notamment en rachetant explicitement les privilèges des fonctionnaires, et comptabiliser les impôts de façon à équilibrer ces coûts; décentraliser l'affectation des charges selon le principe de subsidiarité, de façon à créer la vérité des prix pour l'ancien monopole; séparer alors ces charges du reste de l'impôt, et donner leur autonomie de gestion à chacun des organismes de police. Puis cesser l'obligation de se fournir chez le monopole historique, tout en rendant obligatoire le paiement (direct, ou à travers une assurance) d'un service minimal, dans un cadre réglementaire. Alors privatiser séparément chacun des services de police. Enfin, alléger la législation réglementant la fourniture de services de sécurité pour laisser les formules contractuelles définir les meilleurs arrangements.
L'un dans l'autre, la libéralisation de la fourniture de services de sécurité est la fin d'un monopole parmi tant d'autres, pour laquelle les mêmes techniques éprouvées feraient merveille; il n'y a pas à craindre de « coût » spécial, sinon ceux que devront payer les citoyens de toute façon, à travers l'impôt, et qu'ils finiront de payer durant et après le retour à la liberté. Si un coût explicite apparaît, lors du rachat des privilèges des fonctionnaires notamment, ce coût existait déjà avant, et attaquer la libéralisation au prétexte de ce coût revient à condamner le médecin, parce qu'il a diagnostiqué un mal caché.
Ceux parmi nous qui avons le plus étudié les philosophies libérales savons que le droit naturel et l'utilitarisme ne sont que les deux facettes par lesquelles regarder un même monde. Toute conclusion valable atteinte par une approche doit être tout aussi valable selon l'autre, même si le chemin pour y aboutir est souvent plus long et moins évident. Si un changement de point de vue révèle une contradiction, c'est que cette contradiction était déjà présente dans le point de vue précédent, et une inspection mène vite à une erreur dans le raisonnement tenu dans l'autre point de vue ou dans la transposition du point de vue. C'est ainsi, dirait Frédéric Bastiat que ces points de vue sont Harmoniques 19: ils décrivent le même monde réel, et ne peuvent donc pas être en contradiction.
Ainsi, l'affirmation du droit naturel de l'individu à sa propre défense n'est autre chose, en termes utilistes, que le fait que seule la liberté-responsabilité de chacun concernant sa propre défense assurera que cette défense sera juste et efficace. Toute usurpation de cette liberté, bien loin de soulager les individus, ne fera que repousser le problème (quis custodiet ipsos custodes?), et briser le cercle vertueux et civilisateur de la responsabilité, introduisant des injustices supplémentaires et leur coût croissant à mesure que la responsabilité est diminuée ou éloignée.
Les libéraux prennent comme finalité l'homme, et pour mieux servir l'homme étudient sa nature, le caractère individuel de sa connaissance et donc de son action. Le libéralisme est le seul humanisme cohérent.
Quelques pointeurs pour en savoir plus: