Les OGM et le principe de précaution
— le drame de l'irresponsabilité administrative

François-René Rideau

http://fare.tunes.org/

Ceci est le texte du discours que j'ai prononcé le dimanche 2 novembre 2003 à la manifestation pour la liberté de la recherche sur les OGM, organisée par l'association Liberté, j'écris ton nom, en association avec l'Association des Libertariens et le site Revue Politique. Merci à Eric et Claire et pour leur aide respective dans la rédaction de ce discours.


Bonjour, je suis François-René Rideau [1], chercheur, et je parle au nom de l'ADEL, l'Association des Libertariens [2].

Chers amis,

Je suis heureux d'être avec vous aujourd'hui. J'étais déjà présent le 1er avril 2003 à l'appel du magazine en-ligne Choc-Info, pour une première plantation d'OGM. J'avais alors symboliquement planté des pissenlits génétiquement modifiés pour produire du Tétra-Hydro-Carburol, un carburant vert qui pourrait résoudre écologiquement nos problèmes d'énergie.

Malheureusement, ce carburant n'existe pas et n'est pas cultivé en Europe. Pourquoi? D'abord parce que l'Europe subventionne massivement la surproduction de denrées inutiles et empêche la culture de vraies solutions à nos problèmes [3]. Ensuite, parce que nos gouvernements dirigent administrativement la recherche dans des voies déconnectées de nos problèmes réels. Enfin, parce que des groupes de fanatiques catastrophistes terrorisent ceux qui développent des OGM. Car les ennemis du progrès sont tous ceux qui s'opposent à sa marche, tous ceux qui maintiennent le pays dans l'arriération pour la satisfaction de leur intérêt personnel ou de leurs superstitions millénaristes.

Examinons d'abord les ennemis les plus visibles du progrès. Ce sont des fanatiques du retour à l'âge des cavernes; ce sont des obscurantistes vociférants qui rejettent la raison, au point qu'ils refusent de faire même des calculs arithmétiques simples pour évaluer le bien-fondé des arguments qui leurs sont opposés [4]. Leurs seuls arguments sont le mensonge, l'intimidation et la violence. Mais ces hordes ignares n'auraient aucun pouvoir si ce pouvoir ne leur était accordé par des administrateurs politiques irresponsables: ces hommes politiques et autres technocrates cautionnent les saccages commis par ces barbares en les protégeant de toute poursuite. Puis, ils cèdent aux revendications de ces groupes ultraminoritaires et ultraviolents en invoquant un soi-disant « principe de précaution ».

Je voudrais dénoncer tout particulièrement ce prétendu « principe de précaution », qui est un des prétextes fallacieux par lesquels les technocrates imposent leur tyrannie et nous maintiennent dans l'arriération [5]. Car qu'est-ce que le « principe de précaution »? C'est un principe par lequel des technocrates prétendent éviter certains risques bien visibles que des lobbies intéressés montrent du doigt, au prix de tous les coûts et risques invisibles qui sont répartis sur la masse silencieuse de la population [6]. Des pseudo-experts travaillant pour l'administration, sont chers payés pour donner un vernis scientifique à une telle imposture, tandis que leurs contradicteurs sont privés de crédits dans la répartition administrative du financement public de l'éducation et de la recherche.

En fait, ce principe de précaution, c'est le syndrôme des administrateurs irresponsables qui « sauvent leurs fesses » en prenant des décisions extrêmement nuisibles, qu'on ne pourra pas leur reprocher parce qu'ils pourront arguer que « tout le monde pense pareil » — traduit en bon français, cela signifie qu'ils prennent les mêmes décisions que prendraient des imbéciles totalement ignorants. Le risque minimisé par les administrateurs politiques, c'est leur propre risque; le vrai risque, lui, retombe sur les administrés.

Car quels risques courent les administrateurs? Pas grand'chose: si vraiment ils en viennent à faire une erreur grave dans leurs calculs personnellement intéressés, et que leurs décisions peuvent être directement liées à des centaines de victimes visibles, alors quelques uns d'entre eux serviront éventuellement de fusibles, cependant que la plupart d'entre eux ne seront pas inquiétés [7]. Durant l'affaire du sang contaminé, un haut dignitaire de l'establishment avait lancé le slogan « responsable mais pas coupable ». C'est exactement le contraire qui est vrai: dans de telles affaires, les administrateurs politiques sont totalement coupables, et complètement irresponsables. C'est-à-dire que leurs décisions ont effectivement une issue tragique, mais qu'ils ne sont pas tenus comptables des conséquences de leurs actes; ces conséquences retombent sur d'autres.

Le vrai drame du système politique français, dans la recherche comme dans tous les domaines, c'est bien le drame de l'irresponsabilité. En effet, il existe deux principes pour régler les interactions humaines. Le premier est le principe dit « économique » ou libéral, principe basé sur la liberté et la responsabilité individuelles: liberté de chacun d'agir au sein de sa propriété légitimement acquise, et responsabilité de chacun vis-à-vis des conséquences de chacun ses actes et de chacune de ses décisions. Le second principe est le principe dit « politique » ou étatiste, principe basé sur la tyrannie et l'irresponsabilité: des administrateurs drapés de quelque légitimité usurpée imposent leur volonté à tous et échappent aux conséquences de leurs décisions.

Pour conclure, au sujet des OGM comme dans tous les domaines, nous revendiquons la liberté et la responsabilité: que chaque individu puisse choisir librement d'étudier ou de ne pas étudier des OGM, de cultiver ou de ne pas cultiver des OGM, de consommer ou de ne pas consommer des OGM, et assume pleinement les conséquences attendues ou inattendues de ses actes. Et nous nous opposons à la tyrannie administrative, par laquelle des technocrates irresponsables se cachant derrières des brutes ignares imposent à tous ce qui devrait être l'affaire de la liberté de chacun.

Merci d'être venus. Vive la liberté!


Notes

[1]: Voir mon site internet Le Libéralisme, le vrai.

[2]: Voir le site libertariens.cjb.net.

[3]: Les bureaucrates européens, à travers la P.A.C., excluent l'importation de produits agricoles du tiers monde, au double détriment des habitants d'Europe et du tiers monde. Mais ils désincitent aussi à la recherche réelle sur un meilleur usage des ressources agricoles disponibles. Si les prix artificiels des denrées alimentaires retombaient, alors les exploitants agricoles se tourneraient naturellement vers un autre usage de la terre. Serait-ce des carburants verts dont n'osent plus rêver les écologistes? Serait-ce les fameuses villes à la campagne dont n'osent plus rêver les communistes? Serait-ce un retour à une nature plus sauvage que ne revendiquent pas les amis des bêtes? Ou serait-ce tout simplement des produits agricoles de meilleure qualité? Impossible de le deviner a priori. Le résultat des libres interactions des citoyens responsables chacun du bon usage de ses ressources sera le seul choix véritablement démocratique, celui de la démocratie économique, avec un petit « d » (voir notamment l'article Democracy with a small "d" sur le site Panarchy.org). Ce qui est sûr, c'est que ce résultat sera une amélioration pour tous, au lieu de la surproduction, du stockage et de la destruction de denrées inutiles, combinées à l'appauvrissement du tiers-monde.

[4]: Voir notamment le site de John McCarthy sur la soutenabilité du progrès humain: http://www-formal.stanford.edu/jmc/progress/

[5]: Voir notamment de François Guillaumat, À quoi sert le « principe de précaution »? paru au Québécois Libre n°108.

Notons que le principe de précaution relève de la présomption de culpabilité selon les critères arbitraires des administrateurs, ce qui démontre bien son caractère tyrannique.

[6]: Bien sûr, lesdits technocrates ne prendront surtout pas la peine d'étudier et d'évaluer de tels coûts et risques largement répartis, puisque ceux-ci n'influent aucunement sur leur devenir, alors qu'il leur faudrait défendre activement le coût d'une étude. C'est pourquoi c'est en toute « bonne foi » et en parfaite ignorance de cause que le technocrate prendra en compte dans ses décisions les seules opinions des groupes de pressions les plus actifs, ceux des privilégiés du système, au détriment des intérêts réels des citoyens.

[7]: C'est ainsi que l'irresponsabilité administrative conduit à des comportements où le lien entre décisions et conséquences est volontairement rendu flou, où la responsabilité est systématiquement diluée, où chacun rejette sur les autres la responsabilité ultime des phénomènes nuisibles voire criminels dont il participe.


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